Pourquoi la dissuasion nucléaire est importante
Je pensais écrire ce billet sur un tout autre thème, mais le destin en a décidé d’une autre manière. Me voilà donc en train de rédiger un petit texte dans un TGV filant à 320 kilomètres à l’heure, que je prends une fois de plus (en ce moment c’est presque 3 fois par mois…) entre Bâle et Paris… Et tout en lisant le roman de Milan Kundera « L’insoutenable légereté de l’être », en écoutant un morceau psychédélique des Legendary Pink Dots, et en saisissant ce texte sur mon petit eeePC, je réfléchis à diverses choses insignifiantes ou non.
Pourquoi la dissuasion nucléaire est importante !
Projetons-nous dans quelques décennies, plus précisément lorsque la raréfaction du brut aura eu raison de la plupart des gros et moins gros consommateurs de pétrole, que les moyens de transport seront limités aux véhicules à force électrique ou équivalents et que les avions auront de la peine à voler dans les proportions que nous connaissons actuellement. Un jour viendra où nos nations en viendront à se battre, non pour leur suprématie mais simplement pour leur survie et leur indépendance. Dans quelques décennies il y aura très certainement des surprises au sein de l’échiquier mondial que nous ne sommes pas en mesure d’imaginer, mais nous pouvons néanmoins en esquisser quelques traits. Lorsque l’énergie pétrolière sera arrivée à un niveau de raréfaction tel que seules les armées posséderont des stocks stratégiques, il y aura probablement déjà eu des conflits intenses de part le monde visant à assurer la suprématie de tel ou telle puissance vis-à -vis de ces ressources énergétiques, tout comme pour les matières premières de manière plus générale. Conflits au cours desquels de nombreux tonnages de brut auront par ailleurs été détruits ou gâchés, car il est évident que les guerres sont très consommatrices en énergie (et en humains, mais cette dernière ressource est renouvelable contrairement au pétrole, d’ailleurs je suppose que cette équation est appliquée par de nombreux états-majors de part le monde depuis des millénaires). Revenons-en à nos chars. D’une part, des conflits majeurs pour s’approprier le pétrole qui reste. Cela est déjà en cours, nul besoin de disserter longuement sur les enjeux, mais il est intéressant que différentes stratégies s’appliquent : La méthode invasive : Les USA déclarant la guerre au vu et au su de la planète pour des motifs officiels plus ou moins clairs. La méthode perverse : Les chinois s’infiltrent avec succès en Afrique et dans les zones pétrolifères pour en prendre le contrôle, on en parle mais finalement assez peu. Enfin, la méthode maladroite : La France, ou l’Europe si je vise plus large, qui ne savent pas trop de quel pied danser, il faut dire qu’entre les désillusions du traité en Irlande, le sabordage des « nouveaux pays » de l’Europe et du Royaume-Uni réunis, et d’autres frivoleries gouvernementales, il y a de quoi rester occupé pour nos dirigeants, sans pouvoir gérer pleinement l’avenir, c’est à dire sur le long terme. La politique du court terme n’a jamais été aussi vraie. Les Américains semblent aussi avoir une telle politique, du moins je le croyais fermement, mais je me rends compte au final qu’ils cachent parfois leur jeu. Certes, il y a les scandales financiers, les erreurs de gestion (qui ruinent des dizaines de milliers de personnes), mais l’Histoire a toujours su faire preuve de tolérance. Dans quelques dizaines d’années, qui se souviendra de cela ? Probablement quelques rares intellectuels, si il en reste. Les autres citoyens auront été formatés à la sauce médiatique environnante, leur laissant bien peu de latitude pour leurs réflexions. Car l’histoire se répète et s’oublie malheureusement bien trop vite. Extrait de la quatrième de couverture de l’ouvrage en cours de lecture : « Qu’est-il resté des agonisants du Cambodge ? Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune. », je n’ai pas besoin de commenter, n’est-ce pas criant de vérité ? Et la dissuasion nucléaire dans tout cela ? Si les états n’ont plus de quoi faire voler leurs forces stratégiques, il leur restera encore les sous-marins nucléaires, porte-avions nucléaires (peut-être sans avions!) et… les missiles balistiques. Histoire de se protéger, ou du moins d’intimider l’adversaire.
Si vous ne me croyez pas, pourquoi, alors que l’on dit depuis plusieurs décennies que la guerre froide est terminée, les deux ex-puissances ont considérablement ralenti leurs programmes de démantèlement des forces stratégiques nucléaires, que la Chine et d’autres font des recherches considérables en matière de lanceurs spatiaux, et que l’Iran cherche à avoir « sa » bombe ? Les États-Unis viennent une fois de plus de mettre en production le plus gros ordinateur au mondial en terme de puissance de calcul. Devinez où ? A Los Alamos, pour leurs programmes de simulation. N’allez pas me raconter qu’ils renoncent au nucléaire. Pendant ce temps là , l’Europe s’englue dans des bêtises inconcevables et perd du temps. Ce qui arrange beaucoup de prédateurs. Qu’est ce qu’un prédateur, selon ma vision ? Une puissance rêvant de faire main basse sur l’Europe et ses ressources, rien que cela. Après-tout, pourquoi pas ? Je n’ai pas fini de lire l’excellent ouvrage de géopolitique dont j’ai évoqué la teneur sur ce blog il y a quelques mois, mais quelques constantes de l’histoire semblent de nouveau poindre leur nez en ces temps incertains. Depuis des décennies nous usons et abusons des ressources chinoises à bas coûts. Pourquoi n’imaginerions-nous pas la situation inverse, où, dans un demi-siècle, la Chine ayant repris la suprématie mondiale qu’ils visaient durant des millénaires, réduirait l’Europe à l’état de servage… Peu réjouissant mais après-tout ce n’est qu’une hypothèse parmi tant d’autres. Espérons qu’elle ne se produira pas pour nous, mais nous n’avons pour le moment ni les moyens ni la volonté de faire en sorte de contrer ce risque.
A bientôt pour de nouvelles aventures, mon train va arriver sur Paris et je finis ma petite rédaction sous l’écoute admirable du Kronos Quartet et son interprétation de Fratres d’Arvo Pärt. Que ferais-je sans musiques d’aujourd’hui ? (à ne pas confondre avec les « musiques de masse » dont je perçois l’affreux tambourinement rythmé s’échappant du casque d’un ipodeur deux sièges plus loin… le calme du voyage en 1ère classe n’est plus ce qu’il était, tout change ou bien je vieillis (ce doit être le cumul des deux !)).
Bruno Kerouanton on juin 22nd 2008 in General
benji responded on 24 juin 2008 at 3:51 #
Pars donc télécharger les documentaires “Zeitgeist” et “The corporation”. Ils devraient te donner d’autres points de vue intéressait sur comment l’avenir pourrait être.
Bruno Kerouanton responded on 24 juin 2008 at 11:45 #
Hello,
je connaissais bien le documentaire “The Corporation” puisque je l’ai en DVD, mais pas Zeitgeist, je prendrai un peu de temps (je ne sais pas quand…) pour le visionner.
Yom responded on 24 juin 2008 at 11:48 #
“L’insoutenable légèreté de l’être”…
C’est un coup à perdre jme, ce genre de coquille…
Bruno Kerouanton responded on 24 juin 2008 at 15:48 #
bien vu pour la coquille
J’ai rectifié. Mais parfois l’âme aussi est d’une insoutenable légèreté…
Bruno Kerouanton » La France a enfin son cyber-commandement ! responded on 26 juin 2008 at 10:01 #
[...] en lisant les 16 points clef du Livre Blanc, je constate que mon avant-dernier billet sur l’importance de la dissuasion nucléaire se vérifie face au point 7 qui confirme mon point de vue ! Et je l’avais rédigé sans avoir [...]