1984
Parmi ceux et celles qui font régulièrement allusion à 1984 et son fameux Big Brother, sa Novlangue et ses télécrans, je suis prêt à parier que peu ont réellement lu ce roman de George Orwell. C’était le cas pour moi jusqu’à ce dimanche, où j’ai pris un peu de temps pour le lire d’une traite, comblant ainsi une petite parcelle d’inculture (tiens, un mot quasi-novlangue !).
Il s’agit sans aucun doute d’un des romans les plus sombres qu’il m’ait été de lire, si ce n’est le plus ténébreux. La raison n’est pas celle que l’on pourrait imaginer au premier abord, c’est à dire l’omniprésence de Big Brother, être suprême qui entend et voit tout, ni même la trame de l’histoire qui est pourtant sinistre. Non, voici ce que j’ai trouvé remarquable…
1. George Orwell possède une maîtrise de la substance humaine et de sa mécanique cynique, notamment lorsque l’individu est soumis au stress du totalitarisme, de l’amour, de la torture, voire de la société en son intégralité. L’insinuation de Sartre sur « L’enfer, c’est les autres » est d’ailleurs fidèlement illustrée ici, notamment avec le risque de délation omniprésent, même par ses propres enfants, amis, proches et conjoints.
2. Ce qui est encore plus remarquable et terrifiant est qu’il s’agit d’une description quasi exhaustive des mondes totalitaires et de leur procédés, de leur emprise sur l’individu… Ce n’est pas un roman, c’est un documentaire voire un mode d’emploi.
3. Bien qu’écrit en 1948 (1984, c’est l’inversion des 2 derniers chiffres), les faits sont d’une pertinence remarquable, même de nos jours. De nombreux régimes totalitaires appliquent toujours à la lettre nombre des préceptes détaillés dans le roman, renforçant d’autant plus le sentiment de malaise lorsqu’on lit et que l’on est à même de le constater.
Durant la lecture, j’ai été stupéfait de découvrir page après page de nombreuses vérités fondamentales et inaliénables. Vérités quant à la condition humaine. Vérités quant aux motivations géopolitiques, etc. Ce roman regorge d’ailleurs de nombreuses petites phrases fort justes telles que (désolé pour mon imprécision, il faut que je retrouve le passage…) : « le meilleur roman est celui où l’on n’apprend rien, mais où tout est pourtant juste ».
Pour ceux et celles qui ne l’ont pas encore lu je vous en conseille la lecture, mais attendez si vous êtes déprimés, c’est vraiment sombre dès le début, et au fil de l’histoire c’est de pire en pire !
Il faut prendre ce roman tel qu’il est, et ne pas non plus sombrer dans la paranoïa. Ecrit aux aurores de l’après-guerre, il illustre les régimes totalitaires dans toute leur horreur, empruntant une bonne partie des éléments au nazisme et au stalinisme, tout en anticipant sur l’avenir. Mi documentaire, mi roman d’anticipation voire de science fiction, 1984 reste un grand classique, et le magazine Times a d’ailleurs classé 1984 dans sa liste des 100 meilleurs romans et nouvelles anglaises de 1923 à nos jours.
Mais rassurez-vous, je ne lis pas que ça… j’ai plein d’autres ouvrages à découvrir, sur des sujets aussi divers que variés
Reste à trouver le temps.
Bruno Kerouanton on février 2nd 2009 in Culture
Cédric Pernet responded on 02 fév 2009 at 15:53 #
Bravo Bruno, tu m’as donné envie de remettre à plus tard ma nième relecture du Guide du Routard Intergalactique et de me lancer dans la lecture de 1984.
miib responded on 02 fév 2009 at 21:07 #
Ne pas oublier non plus « la ferme des animaux » dont une célèbre réplique concerne les cochons qui ont pris le pouvoir de la ferme : « tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres »…
Il n’y a pas à dire, les écrits de George ORWELL sont toujours d’actualité !
Blabla responded on 02 fév 2009 at 21:16 #
Alors 2 + 2 = 5 maintenant …?
)
« Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley est également un excellent bouquin. En fait je les ai lus l’un après l’autre, c’est pour ça que je les associe souvent. Tous deux décrivent une société vers laquelle on peut potentiellement dériver… et qui peut faire peur.
Un petit résumé tiré de Wikipedia histoire de donner l’eau à la bouche :
« Dans cette société, la reproduction vivipare a totalement disparu ; les êtres humains sont tous fécondés en laboratoires, les fœtus y évoluent dans des flacons, et sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leur future position dans la hiérarchie sociale (par exemple : les embryons des castes inférieures reçoivent une dose d’alcool qui stoppe leur développement, les réduisant à la taille d’avortons). Une fois enfants, les jeunes humains reçoivent un enseignement hypnopédique qui les conditionne parfaitement durant leur sommeil. Les castes supérieures apprennent ainsi à mépriser sans remords les castes inférieures, et ces dernières apprennent à admirer l’élite de la société. »
Bruno Kerouanton responded on 02 fév 2009 at 21:35 #
@Blabla: je ne connaissais pas, j’irai jeter un coup d’oeil quand ma liste de livres à lire sera épuisée… Ca ne me semble guère amusant, en tout cas !
@miib : j’ai vu beaucoup de références à ce livre mais ne l’ai pas encore lu. A ajouter à la liste
En fait les régimes totalitaires ont marqué et marquent encore de nombreuses œuvres littéraires ou cinématographiques. Parmi les quelques exemples que j’ai pu découvrir au cours des 12 derniers mois, la série « Le Prisonnier » en est un parmi d’autres, tout comme le jeu vidéo Half-Life 2, épisode 1 et suivants… Le film Brazil également peut être cité.
Bon, je m’éclipse
R responded on 03 fév 2009 at 10:37 #
Je suis moi-meme un grand fan de litterature et de films distopiens. Voici quelques autres recommandations:
http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_dystopian_literature
J’ai particulierement aime:
Mona lisa overdrive
Fatherland
Do Androids Dream of Electric Sheep?
Malheureusement il y en a plein que j’ai pas encore eu le temps de lire.
Pour les films:
http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_dystopian_films
Par exemple:
Brazil
Harrison Bergeron
Equilibrium
Soylent green
Guillaume responded on 03 fév 2009 at 13:06 #
Moi même « fan » de lecture de manière générale, mais plus particulierement de romans apocalyptiques et assimilés, je ne peux m’empêcher de vous préconiser certains romans (je vais aussi un peu reprendre (désolé :/) R et Blabla…
« Le meilleur des mondes » : grand classique du genre, assez philosophique
« Do Androids Dream of Electric Sheep », excellent roman, reprit en diagonal dans l’excellent « Blade Runner » (en passant je vous conseil la première version du film (celle ou il y a la voix off de Deckard, disponible dans le coffret collector (non je ne fais pas de pub))
Farheneit 451 : un avenir ou les livres n’ont plus leur place, excellent par contre un peu dur à trouver, je pense qu’il se lira plutôt bien la suite de 1984.
Le monde des A-bar (et sa suite): un classique, plus léger que le précédent, mais très intéressant, prends pour base le non aristotélisme, par Van Vogt, donc plutôt science fiction.
Pygmalion 2113, dur à trouver je pense mais à lire absolument, un homme du 20 ème siècle se réveille dans un avenir décadent, une petite perle.
Le lendemain de la machine, de même surement un peu difficile à trouver, mais encore une petite perle.
Bonne lecture ! :0)
marc responded on 03 fév 2009 at 15:43 #
Quelle belle remontée d’acide… en parcourant la liste des bouquins cités dans l’article de Wikipedia, je n’ai hélas trouvé strictement aucune « perle inconnue »… zut.
J’y ajouterais un ou deux ouvrages qui me semblent fondamentaux, tant par leur caractère novateur. A commencer par le visionnaire Zelazny, dans « mon nom est légion », ou, selon la traduction, « l’homme qui n’existait pas » (http://en.wikipedia.org/wiki/My_Name_is_Legion_(Zelazny_stories)). L’on y découvre l’univers fliqué d’un monde ou chaque personne (à l’exception d’un petit cénacle d’initiés rebelles) est fichée par un « digital ID » mondial. Ca se termine en mauvais roman policier (ca remonte aux années 70), mais il y a là dedans tout ce que nous redoutons aujourd’hui. Lecture déconseillée aux « monsieur cnil » en entreprise… ca provoque quelques cauchemars.
Et puis ORA :CLE, bien plus récent, de Kevin O’Donnel. Superbe roman qui préfigure ce que sera le hacking intrusif, les virus, le flicage sur Internet, à une époque ou mon IP commençait par 44, que la plus graphique de mes applications s’appelait Telnet et que les flux smtp devaient attendre 21H pour bénéficier du « least cost routing » en dial up.
Ajoutons y « la ville est un échiquier » (the squares of the city) et Stand on Zanzibar, tous deux de john Brunner. Et puis « bug jack barron » de Norman Spinrad (littéralement, faites chier Jack Barron, traduit en « jack barron et l’éternité »). Enfin le plus « noir » et le plus pessimiste de nos auteurs français, qui nous offrit notamment « futurs sans avenir » ; jacques Sternberg. Pierre Boulle également, avec « les jeux de l’esprit » (qu’un inculte d’hollywood transforma en « rollerball ». Là encore, à ne pas lire à coté d’un tube de Gardénal ou d’un tuyau de gaz. Même Asimov a fait dans la veine noire, avec « contre la stupidité, les dieux eux-même luttent en vain ». Ou Thomas Dish, avec « camp de concentration »… Dish repris d’ailleurs le scénario du « Prisonnier » pour en faire un mini-roman (une maxi nouvelle ?) franchement inquiétante. Ou encore l’abominable « la mort blanche » de Herbert qui décrit une terre dévastée par le sida… à une époque ou ce virus était totalement inconnu.
Mais le plus grand auteur de la désespérance dans le domaine de la SF, celle qui montre une société cherchant en permanence à aliéner chaque être, c’est indiscutablement Dick. Avec bien sur Ubik, son chef-d’œuvre, mais également le dieu venu du centaure, le maitre du haut château, do androids dreams of electric sheep ?
M’enfin, c’que j’en dit…
BTW… @Cedric : comment peut-on penser retarder la lecture du Routard Galactique sous quelque prétexte que ce soit ? (ainsi que la série du détective holistique Dirk Gently). C’est tout de même la seule trilogie au monde qui est composée de 6 ouvrages ! à lire si possible dans le texte. J’admire souvent le travail de traduction de Jean Bonnefoy, mais là, il est allé trop loin (et trop recherché… Zaphod Beeblebrox qui devient Zappy Bibicy, en double hommage à Zappy Max et à la BBC, berceau du « guide »… fichtre, on y perd son Vogon). Lors des premiers échange smtp (on ne disait pas encore email à l’époque), toute personne digne d’utiliser le réseau IP achevait ses messages par « DON’T PANIIIIIIIC !!!!!! » ou « don’t forget your towel ».
Guillaume responded on 03 fév 2009 at 16:52 #
Et bien me voici heureux, de nouveaux livres à lire, merci marc !!!
En passant je valide à 100% « les jeux de l’esprit » et « contre la stupidité, les dieux eux-même luttent en vain » et « la mort blanche » d’herbert, mais après pour herbert je n’y peu rien je suis un fan, de même que d’asimov & consort d’ailleurs, en tout cas je prends bonne note des autres références
R responded on 03 fév 2009 at 17:48 #
Le post de marc me rappelle tout a coup :noir:
http://en.wikipedia.org/wiki/Noir_(novel)
Ils ont un concept assez original de punitions pour les violations de droit d’auteur dans ce livre.
Et haaaa toute ma jeunesse:
http://groups.google.com/group/alt.sources/tree/browse_frm/month/1993-10/93ec2f44e2b1c8ee?rnum=21&_done=%2Fgroup%2Falt.sources%2Fbrowse_frm%2Fmonth%2F1993-10%3F#doc_4e52f85422548c0b
surtout grace a xhost+ et –display
de saines lectures … « London IT responded on 03 fév 2009 at 18:56 #
[...] fameux roman, souvent cité et par trop peu, je vous recommande de jeter un oeil sur ce post de Bruno Kerouanton en vous recommandant de vous interesser aussi aux réponses qui y font suite [...]
dZ. responded on 23 fév 2009 at 22:41 #
Dans un autres registres (mais pas si éloigné tout de même) je conseilles le *très classique* cycle de fondation, d’Assimov, au cas ou tout le monde ne l’aurais pas déjà lu, et puis P.K.Dick avec surtout : « Radio Libre Albemuth » qui se passe sous un Nixon nommé F.F.Fremont et où la délation, et la pressions sont également de mise, et puis « L’invasion divine » où le retour de dieu -amnésique- sur terre.
Silkut responded on 27 fév 2009 at 1:37 #
Je vous conseille aussi Globalia de J-C Ruffin.