De peer en peer…

090225-hadopiAprĂšs les fantastiques histoires de dealers, de bras qui tombent, d’Hadopi, de G20 d’Internet dans les caves du XVIIIĂš arrondissement (heu, je m’Ă©gare?!), voici qu’on se met Ă  imaginer d’hallucinantes « solutions » pour punir l’internaute dealer rĂ©cidiviste.

Le compte-rendu de la sĂ©ance du 18 fĂ©vrier dernier Ă  l’AssemblĂ©e Nationale est intitulĂ© : « Examen du projet de loi, adoptĂ© par le SĂ©nat favorisant la diffusion et la protection de la crĂ©ation sur internet (n° 1240) (M. Franck Riester, rapporteur) »

Tout comme le reste des articles mentionnĂ©s ci-dessus, c’est un vrai plaisir Ă  lire… On y dĂ©couvre l’imagination dĂ©bordante de certains « experts » qui selon toute vraisemblance feraient bien de se renseigner un peu. Il s’agit en l’occurence de trouver comment punir un internaute qui a trop tĂ©lĂ©chargĂ©…

« pour le cas oĂč subsisterait une difficultĂ© technique, la suspension de l’accĂšs ne serait pas prononcĂ©e mais remplacĂ©e par une mesure alternative : l’injonction d’installer un logiciel de sĂ©curisation contre le tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal. »

Ah ? Ca marche comment ??? Je serai bien curieux et j’ai d’ailleurs de nombreuses questions pour ces messieurs :

  • Et si l’internaute a plus d’un PC dans son foyer on en installe sur chaque poste ?
  • Et si il a des machines virtuelles pour tĂ©lĂ©charger ?
  • Voire pire encore : un engin diabolique appelĂ© « LiveCD » (sĂ»rement une invention de pirate, ça !)
  • Et si son Ă©pouse lui a offert pour NoĂ«l un NAS Netgear, vendu en standard avec Bittorrent (non ce n’est pas illĂ©gal, mĂȘme chez Surcouf j’en ai vu des tas Ă  vendre) ?
  • Et ce fameux logiciel, comment sait-il discriminer un tĂ©lĂ©chargement d’une ISO de Debian, un film de mes vacances et le dernier Mr Bean (qui part lui aussi en vacances) ?
  • Et si le fichier est un zip/rar protĂ©gĂ© par mot de passe ?
  • Et si c’est le-la voisin-e qui tĂ©lĂ©charge ?
  • Et est-ce qu’il fait flamber tout CD/DVD/Clef USB contenant un DivX insĂ©rĂ© dans le PC ?
  • etc…

Et tant qu’Ă  faire, puisqu’il sait sĂ©curiser contre le tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal, pourrait-il Ă©galement me protĂ©ger des virus, spywares et autres mĂ©chancetĂ©s d’Internet puisqu’il a l’air si puissant et si fort…

Allez, on continue le délire :

La Commission …/… est ensuite saisie d’un amendement de M. Jean Dionis du SĂ©jour prĂ©cisant que les moyens de sĂ©curisation devront ĂȘtre interopĂ©rables et mis Ă  la disposition des consommateurs gratuitement.

M. le rapporteur. Les moyens de sĂ©curisation mis en place ne sauraient ĂȘtre gratuits, Ă  l’image des logiciels de contrĂŽle parental, mis Ă  la disposition des consommateurs Ă  titre payant, mĂȘme si leur prix est modique.

M. Jean Dionis du SĂ©jour. J’accepte de supprimer de mon amendement la condition de gratuitĂ©.

M. le rapporteur. J’en viens au second objet de l’amendement : l’interopĂ©rabilitĂ©. Je n’y suis pas favorable. Il faut laisser au consommateur sa totale libertĂ© de choix en fonction de son systĂšme d’exploitation. L’interopĂ©rabilitĂ© n’est pas nĂ©cessaire pour les consommateurs et elle est trop contraignante pour les Ă©diteurs de logiciels.

La Commission …/… rejette ensuite, par cohĂ©rence, un amendement de M. Patrick Bloche prĂ©cisant que les moyens de sĂ©curisation devront ĂȘtre interopĂ©rables et mis Ă  la disposition des consommateurs gratuitement.

Comme ça c’est clair :  Le logiciel magique sera payant et pas intĂ©ropĂ©rable car « l’intĂ©ropĂ©rabilitĂ© n’est pas nĂ©cessaire pour les consommateurs« .. par cohĂ©rence. Messieurs, merci d’avoir fait ces choix Ă  leur place, mais je ne suis pas certain que tous y soient favorables !!!!

Tiens, toutes ces belles histoires d’interopĂ©rabilitĂ© me font penser qu’il va bientĂŽt que je renouvelle ma licence d’IDA Pro, car la version 5.4 est sortie et elle semble bien sympathique. Bonne soirĂ©e.

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10 rĂ©ponses Ă  De peer en peer…

  1. Sid dit :

    C’est vraiment le grand n’importe quoi…

  2. @Sid: C’est lĂ  qu’on commence Ă  percevoir que certains n’y comprennent strictement rien du moins sur ce sujet trĂšs technique… Le dĂ©but de la phrase « pour le cas oĂč subsisterait une difficultĂ© technique… » est grandiose ! C’est justement ce type de logiciel qui pose des difficultĂ©s techniques !!!

    Bon je me sauve

  3. action09 dit :

    C’est pas possible un tas d’inepsies pareilles, quelle est la solution Ă  (h)adopter plutot ?
    NDLR: tentative de jeu de mots sur Hadopi… 🙁

  4. marc dit :

    La question n’est pas de savoir s’il est lĂ©gitime de s’insurger contre l’ineptie d’une rĂ©action de Ministre ou si tel ou tel argument est spĂ©cieux. Je doute que les Pascale NĂšgre, les FrĂ©dĂ©ric LefĂšvre, les Olivienne soient de parfaits imbĂ©ciles. Bien au contraire, leur carriĂšre et leurs postes prouvant assez qu’ils font partie des gens qui comprennent vite et qui possĂšdent un esprit de synthĂšse gĂ©nĂ©ralement hors du commun.

    Ajoutons Ă  cela qu’ils maitrisent parfaitement l’art de la dialectique, discipline indispensable lorsque l’on veut faire profession d’homme politique. Or, on ne combat pas la dialectique avec la logique, fĂ»t elle aussi claire et tempĂ©rĂ©e que ce qui est dit dans le petit film de Kassandre

    http://kassandre.org/?Sinistre-Sarkozy-triste-loi-Hadopi

    Il est donc totalement vain -et je suis surpris qu’un Maitre Eolas ne l’ait pas dĂ©jĂ  dĂ©noncĂ©- il est vain disais-je de tenter de contrer, argument aprĂšs argument, les dĂ©tails des idĂ©es simplistes dĂ©veloppĂ©es lors de leurs discours. Les ahanements d’un internaute technicien, aussi judicieux soient-ils, ne valent pas un fifrelin face Ă  une dĂ©claration au « 20H » d’une chaine de tĂ©lĂ©vision. ParticuliĂšrement lorsque l’on agite le spectre du viol, du terrorisme, du piratage, de l’infamie, de la pornographie, du « non droit ». Il y a peu de mĂ©thodes pour contrer la dialectique.

    -Soit avec de la dialectique, avec les mĂȘmes puissances de feu. Mais quel dĂ©putĂ© d’opposition aurait la compĂ©tence ou la verve pour le faire-
    – Soit avec une action populaire gĂ©nĂ©rale
 je n’y crois que trĂšs peu
 Car pour mobiliser, il faut informer, et pour informer, il faut disposer des mĂȘmes outils de diffusion que possĂšde « l’adversaire ». Qui donc serait capable de d’expliquer Ă  toutes les « mĂ©nagĂšres de moins de cinquante ans » qu’il ne s’agit pas de « dispositifs pour empĂȘcher les viols » mais d’outils de flicages, que les techniques de filtrages prĂ©tendument offertes (zut, elles seront obligatoires et payantes et non-interopĂ©rables) sont inefficaces face aux vĂ©ritables escrocs du Net de Chine, des Etats Unis ou de Russie, et que les procĂ©dĂ©s destinĂ©s Ă  « prĂ©server la vie des artistes » ne sont essentiellement destinĂ©e qu’à assurer une rente de situation Ă  des entreprises de production en plein naufrage ? Peine perdue
 le message ne passera jamais.
    -Soit par le truchement d’un recours devant les instances EuropĂ©ennes. Mais elles aussi hĂ©las, subissent une dĂ©rive droitiĂšre n’ayant qu’un seul but : la prĂ©servation des intĂ©rĂȘts des entreprises privĂ©es du monde de la production et de la diffusion des « Ɠuvres » (que ce mot est insane dans ce contexte). Car qui protĂšge les mĂ©dias de divertissement s’acquiert l’allĂ©geance de ces mĂȘmes mĂ©dias lorsqu’il s’agira de diffuser leur message politique stigmatisant. C’est ce que Marx appelait une « alliance objective », ce que nous dĂ©signons aujourd’hui par un « systĂšme auto stabilisĂ© ».

    Les sophismes Ă©ructĂ©s pour justifier hadopi ne sont que des paravents posĂ©s lĂ  pour mieux faire passer des dispositifs de rĂ©pression plus pernicieux et plus vastes. L’invocation anxiogĂšne est une pratique historique courante des gouvernements totalitaristes ou Ă  connotation despotique. Les homes politiques actuels n’ont cure de ces histoires de piratage. Ils s’en moquent d’ailleurs probablement comme de leurs premiĂšres promesses Ă©lectorales. Ce qu’ils visent est bien plus important : c’est le contrĂŽle des circuits d’information et de divertissement. Panem et circenses.

  5. canneBlanche dit :

    Je trouve que c’est une excellente nouvelle!
    D’une part ça obligera les utilisateurs Ă  installer Windows avec une licence LEGALE (ce qui fera monter mes actions krosoft) et un outil de « sĂ©curité » qui me protĂ©gera des vilains pirates et contiendra des features supplĂ©mentaires afin que Big bro puisse bien verifier que je ne risque rien. C’est pour ma sĂ©curitĂ© alors j’y adĂšre totalement, et mon cĂŽtĂ© maso adore les chaines cloutĂ©es bien serrĂ©es. Ă  quand la dĂ©charge Ă©lectrique lorsque je navigue sur la mauvaise url?

  6. marc dit :

    Oh, l’esprit de l’escalier et la documentation tardive..
    Une interview d’expert trĂšs intĂ©ressant a Ă©tĂ© publiĂ© sur le RWW
    http://fr.readwriteweb.com/2009/02/26/prospective/hadopi-est-une-mauvaise-reponse-faite-par-des-gens-desempares/

    Bon sur, mais c’est bien sang, s’écria l’inspecteur Bourel : le meilleur moyen de combattre ce projet, c’est de chiffrer les dĂ©penses somptuaires que les Ministres la proposant vont dilapider en pure perte, et d’exclure toute donnĂ©e non scientifique chiffrant les « manque Ă  gagner » provoquĂ©s prĂ©tendument par le piratage. Notamment les milliards de « vol » d’équivalent CD et les dizaines de milliers d’emplois perdus. Dans le domaine du logiciel, l’on a un peu l’habitude des « milliards de dollars perdus par le piratage » et les mĂ©thodes de cow boy d’organismes de « dĂ©fense » tels que le BSA et ses proches cousins.
    Une fois l’addition dressĂ©e, la prĂ©senter au contribuable en expliquant froidement combien il faut payer pour compenser une perte virtuelle.
    Ou alors proposer que cet argent soit directement reversĂ© aux artistes lĂ©sĂ©s –artistes, et non sociĂ©tĂ©s de production), dans un rapport Ă©quitable non proportionnel aux ventes de leurs albums. Ceci afin prĂ©cisĂ©ment d’aider de nouveaux talents Ă  Ă©merger. On appelle çà du MĂ©cĂ©nat d’Etat
 c’est ce qui inscrivit la RĂ©publique de Venise au panthĂ©on de l’histoire et la Renaissance Française au pinacle des Arts et Lettres. Mais trouve-t-on encore un homme politique intĂ©ressĂ© par la dimension historique de ses actes plus que par l’immĂ©diatetĂ© de ses impĂ©ratifs Ă©lectoralistes ? Trouve-t-on encore des talents capables de charmer les oneilles de nos populations qui ne procĂšdent pas de la soupe prĂ©digĂ©rĂ©e de la variĂ©tĂ© contemporaine ? Trouve-t-on encore des oneilles normalement Ă©duquĂ©es pour apprĂ©cier ce qui sortirait et qui ne s’apparenterait plus au brouet insipide et formatĂ© qui est imposĂ© depuis les 20 ou 30 derniĂšres annĂ©es ?

    Bon, je vais faire comme JME, je vais retourner Ă©couter Gould dans les partitas. HĂ©las, un patrimoine de l’humanitĂ© qui est tombĂ© sous la coupe de Sony Music, entreprise spĂ©cialisĂ©e dans la diffusion et la vente de spywares

  7. celegorm dit :

    bof… tout le monde s’Ă©nerve sur cette loi… Si elle parait inapplicable, inepte et allant Ă  l’encontre de la constitution, elle ne passera pas et sera in fine mise au rencard.
    Les solutions logicielles seront donnĂ©es dans un dĂ©cret d’application.
    attendons ce dĂ©cret… comme Godo… m’Ă©tonnerait qu’il passe.
    Il faut voir plus loin:
    L’idĂ©e sous-jacente est d’en arriver au filtrage gĂ©nĂ©ralisĂ© (protocole ET DNS). Le rĂȘve des majors est d’obliger le publique Ă  ne pouvoir consulter que des Ă©lĂ©ments contrĂŽlĂ©s.
    Evidemment, on sait que le filtrage ne fonctionne pas non plus mais ça… c’est une autre histoire.

  8. pierre abac dit :

    Trés joli blog. Agréable à lire.
    Mes thĂšses peuvent ĂȘtre dĂ©couvertes sur
    http://www.lepost.fr/perso/pierre-abac/prive/

    Les majors ne sont pas stupides, mais cupides. Il faut rĂ©soudre, au moins par principe, la question de la juste rĂ©munĂ©ration des auteurs. Je propose que ce soit par la publicitĂ© qui accompagne le film ou la musique, qui est un excellent produit pour cela. La situation serait la mĂȘme qu’Ă  la tĂ©lĂ©vision. Le tĂ©lĂ©spectateur ne paie rien grĂące Ă  la publicitĂ©. Les recettes publicitaires permettent Ă  la chaĂźne d’acheter les droits et mĂȘme de vivre. La publicitĂ© peut ĂȘtre une source Ă©norme de financement des auteurs Ă  succĂšs. Le comptage des spectateurs et le paiement des ayant droits serait opĂ©rĂ© logiciellement : pas de SACEM du rĂ©seau. La SACEM du rĂ©seau deviendrait une agence de location d’espace publicitaires. Tout serait beaucoup simple et on n’enverrait personne en prison.

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