Volkoff, virtuose de la langue française

Connaissez-vous ces termes ?
Logorrhée, adventice, spadassin, histrion, plumitif, entourloupette, mystagogue, ex nihilo, boureller, hétérodoxe, égrillard, croquenot, aménité, coquetel, feu grégeois, stackhanoviste, sui generis, payasse, Priapée, marquisat, op art, hommasse, chorée, ïambe, corcuscant, chyroprase, smaragdite, chiourme, guelfe, gibelin, biffin, viduité, métalepse, valétudinaire, remugle, et j’en passe…
J’ai toujours admiré le romancier et essayiste Vladimir Volkoff, auteur d’ouvrages de référence sur la désinformation, mais également de la collection de romans d’espionnage pour adolescents « Langelot » et d’autres romans, toujours dans la même veine, mais pour adultes. Outre son style et le suspense qui se dégagent de ses histoires, il fait preuve d’une érudition en matière de vocabulaire et de pensées philosophiques. Chacun des termes mentionnés ci-dessus est extrait de son roman « Le Retournement« , et je n’en suis qu’au début ! Une bonne occasion de rentabiliser l’acquisition de l’excellent dictionnaire Druide Antidote, qui ne me fait jamais défaut, même dans les occasions les plus subtiles.
- logorrhée : Discours abondant, confus et interminable.
- adventice : Accessoire, secondaire.un projet adventice.
- spadassin : Tueur à gages.
- histrion : Comédien.
- plumitif : Mauvais écrivain.
- entourloupette : Mauvais tour. Être victime d’une entourloupette. Faire une entourloupette à quelqu’un.
- mystagogue : Prêtre grec qui fait de la mystagogie.
- mystagogie : Initiation aux mystères du surnaturel.
- boureller : Torturer moralement.
- égrillard : Grivois, libertin, osé. Plaisanterie égrillarde. Un homme égrillard.
- croquenot : Gros soulier.
- aménités : paroles insultantes, blessantes.Dire des aménités à qqn.
- coquetel :Cocktail (et oui !)
- feu grégeois : Mélange incendiaire de soufre, de poix, de salpêtre, etc., qui brûle même au contact de l’eau et que les Byzantins utilisaient pour faire la guerre.
- sui generis : Qui est singulier, spécial, particulier.
- payasse : subjonctif imparfait du verbe payer
- Priapée : Poésie, spectacle, dessin obscène.
- marquisat : Nom de certaines terres possédées par un seigneur
- op art : Forme d’art fondée sur des effets optiques visant à suggérer le mouvement.
- hommasse : Se dit d’une femme qui ressemble à un homme par l’allure ou les manières. Femme hommasse.
- chorée : Maladie nerveuse caractérisée par des mouvements musculaires involontaires amples et désordonnés, appelée couramment danse de Saint-Guy.
- ïambe : pièce satirique en vers.
- corsuscant : Brillant, étincelant. Des lettres d’or coruscantes.
- chyroprase : Variété de calcédoine de couleur vert pâle.
- smaragdite : Silicate naturel, vert émeraude.
- chiourme : Ensemble des rameurs d’une galère.
- guelfe : Dans l’Italie médiévale, partisan du pape, ennemi des gibelins.
- gibelin : Dans l’Italie médiévale, partisan de l’empereur romain germanique, ennemi des guelfes.
- biffin : Fantassin
- viduité : État d’une personne qui a perdu son conjoint.
- métalepse : Figure consistant à remplacer la cause par le conséquent, analogue à la métonymie.
- valétudinaire : De santé fragile.
- remugle : Odeur de renfermé, de moisissure.
Pas de doute, Volkoff maîtrisait la langue de Molière ; pas étonnant dès lors qu’il ait longtemps été professeur de français. Il va de soit également que Volkoff adaptait son style et l’étendue de son vocabulaire au jeune lectorat : Les romans de la série Langelot n’ont pas un vocabulaire aussi soutenu !
Bruno Kerouanton on novembre 29th 2009 in Culture
ange albertini responded on 29 nov 2009 at 13:10 #
un peu different, certes, mais il y a un virus (Trojan.Skintrim, pour ne pas le nommer) qui inclut
des mots francais, anglais, italiens, espagnols, pour ‘combler’…
Note: les versions precedentes, c’etait des citations de Shakespeare…
mais, bien qu’aléatoire, pas n’importe quels mots! attention, ca fait
réfléchir… (il aime bien les conjugaisons compliquées, et les mots
longs)
un petit échantillon
souhaiter déshonorai surnommais influx s’épaulât retroussage
régularisant grossièrement feuilleter brasais s’ébouleront parurière
criaillement accentuerai j’accentuasse j’effondrerais incristallisable
héritage alambiquais j’insufflerais innoverai contre-assurance
stéréoscope
électroménager m’évertuasse métissa s’attrouperait grumelai
prolongation régulièrement réimposition s’inspirassent…
je m’arrête la… et ca varie a chaque fichier, au milieu du binaire,
avec les autres langues autour, bien évidemment…
et je me souviens que valetudinaire a fait l’objet d’ un episode de camera cafe…
W. responded on 30 nov 2009 at 10:58 #
Vous vouliez dire coruscant plutôt non ?
Brillant, étincelant et par la même se dit d’un style d’écriture utilisant des vocables ou mots rares. Pourrait se dire du lexique de Volkoff…
Merci pour cette liste btw, j’apprécie toujours de découvrir de nouveaux mots de ce genre. Gibelins et guelfes ennemis : on se croirait dans un RPG… Et savoir de quoi est composé le mot chorégraphie est très savoureux.
Denis responded on 30 nov 2009 at 20:43 #
Mais finalement c’est « corcuscant », « corsuscant » ou « coruscant » ou les trois ?
Blabla responded on 01 déc 2009 at 4:15 #
Le Service National d’Information Fonctionnelle a bercé mon enfance…
Peut-être l’auteur maitrisait il encore mal notre langue vernaculaire à l’époque ?
marc responded on 01 déc 2009 at 15:00 #
@blabla : Certainement pas ! il avait déjà écrit Le Trêtre, Les Humeurs de la mer etc… (dans certains desquels on « entend » la trace du Grand Charles comme autant de bruits de pas traversant le studio de « Bon Baisers de Partout »). D’ailleurs, je parie que certains étaient des livres de chevet de Monferrant. Ou de Pichenet. J’ai du lire le Trêtre ou Le Retournement à peu près au moment ou Graziella Andronymos venait prendre ses vacances sur la riviera. C’est dire. (et j’achetais les Langelot au rythme de leur parution à l’époque).
Quant à coruscant (ouai, chez nous, on jacte komac d’abord), cela me fait penser à l’origine du mot pataques (l’histoire du gant de la demoiselle ou de la dame)
Pour la Iambe, je ne suis pas franchement d’accord avec cette définition. Il s’agit d’une succession de syllabes brèves et longues qui scandent un poème. Par extension, c’est un rythme de l’écrit. C’est une technique qui nous vient des vers antiques grecs et qui est très utilisée dans la poétique anglaise –laquelle est nettement moins portée sur l’assonance des vers ou les rimes, et plus sur la scansion.
A rose
Is a rose
Is a rose
Is a rose (putain, que c’est beau ! on dirait du Bach)
Que l’on retrouve chez les symbolists, qui ont “réinventé” la structure iambique (je suis hanté l’Azur, l’azur, l’azur)
Enfin, c’que j’en dis
FDA responded on 18 déc 2009 at 21:49 #
Et n’oublions pas son tout premier succès, au « Rayon fantastique » : « Métro pour l’enfer » (bien avant le « Retournement »):
« Je ne mourus que quelques instants plus tard, sous l’effet de ce que je nommerai une piqûre intravénéneuse »
Au fait, autopub :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Retournement