Qui a dit
En ces fêtes de fin d’année, je suis parti « en ermite » : sans ordinateur ni accès Internet. Seule ma wikipédia de poche sur mon petit pocketPC (désormais dédié à cette unique tâche) m’accompagnait durant ces deux semaines. Et j’en ai profité pour lire plusieurs ouvrages de tous ordres, aux sujets très souvent bien éloignés du thème informatique.
Qui a dit (et quand ?) :
Tout ce que nous voulons dire aujourd’hui, c’est que l’idée religieuse, un moment effacée, peut rentrer dans les esprits et dans les consciences parce que les conclusions actuelles de la science les prédisposent à la recevoir. Il y a dès maintenant, si l’on peut dire, une religion toute prête, et si elle ne pénètre point à cette heure les profondeurs de la société, si la bourgeoisie est platement spiritualiste ou niaisement positiviste, si le prolétariat est partagé entre la superstition servile ou un matérialisme farouche, c’est parce que le régime social actuel est un régime d’abrutissement et de haine, c’est à dire un régime irréligieux. Ce n’est point, comme le disent souvent les déclamateurs vulgaires et les moralistes sans idées, parce que la société a le souci des intérêts matériels qu’elle est irréligieuse. Il y a au contraire quelque chose de religieux dans la conquête de la nature par l’homme, dans l’appropriation des forces de l’univers aux besoins de l’humanité. Non, ce qui est irréligieux, c’est que l’homme ne conquiert la nature qu’en assujettissant les hommes. Ce n’est pas le souci du progrès matériel qui détourne l’homme des hautes pensées et de la méditation des choses divines, c’est l’épuisement du labeur inhumain qui ne laisse pas, à la plupart des hommes, la force de penser ni celle même de sentir la vie, c’est à dire Dieu. C’est aussi la surexcitation des passions mauvaises, la jalousie et l’orgueil, qui absorbent dans des luttes impies l’énergie intime des plus vaillants et des plus heureux. Entre la provocation de la faim et la surexcitation de la haine, l’humanité ne peut pas penser à l’infini. L’humanité est comme un grand arbre, tout bruissant de mouches irritées sous un ciel d’orage, et dans ce bourdonnement de haine, la voix profonde et divine de l’univers n’est plus entendue.
Et pour cet autre extrait (sans rapport), quel personnage a écrit cela, et quand ? :
Remarquable (même quand en on conteste certains aspects) est la contribution du rapport Nora-Minc. A divers titres. Par l’analyse minutieuse des relations nouvelles qui s’ébauchent entre technologie, culture système industriel. Par la dénonciation voilée mais impitoyable des échecs de la politique industrielle française en matière d’informatique. Par l’étude des menaces que la télématique fait peser sur notre indépendance nationale et l’avenir des libertés. Nos grands réseaux branchés par satellites sur des banques américaines de données, notre appareil industriel dépendra en effet d’une technologie étrangère tandis que s’accroîtra non plus par la force des armes mais par la force du secret, la concentration des pouvoirs. De même, s’aggraveront les inégalités entre ceux qui pourront et ceux qui ne pourront pas manipuler l’outil informatique, entre ceux qui contrôleront son évolution et ceux qui la subiront. Enfin, l’automatisation accélérée provoquera la disparition d’innombrables emplois, surtout dans le tertiaire, la Poste, le secrétariat, le travail de bureau et rien, dans les prévisions officielles, ne prépare cette mutation. Prenons-y garde, cependant. L’informatique, qui attire les mêmes méfiances et les mêmes ambitions qu’autrefois l’imprimerie, le chemin de fer, le téléphone, l’automobile peut constituer tout aussi bien, dans la société socialiste, l’instrument décisif d’une libération : moins de travaux répétitifs, plus de responsabilité directe, une meilleure productivité et la relance de la croissance. A condition, bien entendu, qu’un projet politique et culturel cohérent sache englober cette révolution de la technologie, définir son usage, maîtriser son développement. informatique, biologie, nucléaire : les grands domaines du savoir s’ouvrent aux conquérants de la démocratie.
Bonnes recherches !
Bruno Kerouanton on janvier 4th 2010 in Culture
zebux responded on 05 jan 2010 at 11:06 #
Heu, Jean Jaurès à la fin de sa vie peut être…
Younes responded on 05 jan 2010 at 15:04 #
Incroyable, google n’est pas à même de nous aider pour les deux recherches
Med responded on 05 jan 2010 at 15:18 #
Pour premier, je pense que c’est de Jean Jaurès ( « la question religieuse et le socialisme », 1871)
Med responded on 05 jan 2010 at 15:19 #
euh 1891, pardon
Bruno Kerouanton responded on 05 jan 2010 at 16:55 #
@younes : Encore heureux que Google ne sache pas tout… pour le moment ! J’ai veillé, en choisissant ces deux extraits, à ce que les moteurs de recherche classiques ne donnent rien de bien valable, et ce, malgré la longueur importante de chaque texte. Sinon, ce petit jeu n’aurait pas été trop intéressant…
@Zebux et Med : C’est bien ça, bonnes réponses ! et merci pour votre participation
… et le second texte ??? Je l’ai choisi car il me semble assez d’actualité
yeti responded on 06 jan 2010 at 21:15 #
cela ressemble à du Mitterand. Avant 1981. Mais juste à la « tonalité » du discours, donc …
Bruno Kerouanton responded on 07 jan 2010 at 23:16 #
@yéti : excellente déduction ! Il s’agit d’un extrait du recueil de chroniques de François Mitterand, « l’abeille et l’architecte ». Le texte date de 1978 (assez prémonitoire, cette vision des risques de l’informatique en réseaux, pour l’époque !).
Pour info, les deux textes sont de nature « politique », j’aime découvrir des domaines qui me sont méconnus ; en l’occurence je me remets en ce moment à la découverte de l’histoire contemporaine… Passionnant et certainement aussi complexe qu’une bonne analyse de code