Devoir citoyen

Celles et ceux qui me côtoient savent que parmi mes priorités, le devoir citoyen figure dans mes priorités. Je ne peux pas m’imaginer inactif, et tente avec mes propres moyens, limités, de mettre à disposition mon temps et mes compétences au service des autres.

Ce billet évoque mes engagements, dans des cours et conférences bénévoles sur la sécurité et l’informatique en général, mais également mon engagement en tant que pompier, et en ce moment pour les élections présidentielles et législatives françaises.

Engagement associatif et passion d’enseigner

Cela explique pourquoi je donne depuis des années des conférences et cours à des associations diverses, bénévolement, car puisque j’ai la chance de savoir ce qu’est la sécurité informatique, autant informer. J’aime beaucoup enseigner également, car il me semble dommage que toutes ces connaissances ne puissent pas être transmises. Le savoir est fait pour être partagé, et je remercie les personnes qui me font confiance, que ce soit les responsables d’associations comme les CAIDs à Delémont (un club réunissant des personnes à la retraite, intéressés par l’informatique), mes responsables de cours tant au Canton du Jura qu’à l’Ecole des Mines de Paris et HEC, les personnes qui prennent le risque de m’inviter à des conférences en me laissant « carte blanche » sur le sujet, mais également les journalistes de la radio, la télévision, des magazines et journaux qu me font également confiance pour développer tel ou tel sujet précis dans le cadre d’un dossier thématique, d’une émission spéciale, ou en fonction de l’actualité.

Bruno, pompier dans son village

En parallèle, j’aime m’investir dans des activités éloignées de l’informatique. J’ai ainsi plusieurs cordes à mon arc, et sur mon dos !
Par exemple, je suis depuis plusieurs années déjà pompier dans ma commune. J’ai encore fait une soirée d’entraînement jeudi dernier, et même si quelques soucis de santé l’année dernière m’ont limité dans mes exercices, je me sens impliqué au sein de l’équipe.

Jeudi, nous avons fait le premier exercice par section de l’année. Très intéressant : nous étions répartis par équipes, et avons réalisé quatre postes différents par rotation successive :

  • Le poste « mousse ». Exercice d’extinction de feux et de tapissage de mur à la mousse légère et lourde, après rappels théoriques : pression de 4bars minimum pour faire de la mousse, tuyau de 20m minimum entre le mélangeur et la lance pour émulsionner le produit, utilisation de la mousse légère pour les petits feux, de la mousse lourde pour recouvrir et tapisser les murs et surfaces. J’ai pu tester plusieurs lances, y compris l’attaque rapide (celle que l’on sort en premier du camion, qui est prête à l’emploi), mais nous avions un souci avec le mélangeur qui a été résolu par la suite. C’est aussi l’intérêt de ces exercices ; tester le matériel régulièrement…
  • Le poste « tonne-pompe » : C’est un camion spécialisé dans le pompage et la fourniture d’eau à gros débit. Simulation d’un feu de broussaille, après réception des instructions je me suis chargé de l’attaque rapide et de la protection initiale. Sur un tel engin, il est nécessaire de s’agenouiller lorsque l’on utilise la buse d’attaque rapide à fond : la pression du jet d’eau provoque un recul non négligeable… et ça muscle bien !
  • Le poste « contrôle des cordes » : C’est obligatoire, c’est le contrôle des cordes et équipements de survie individuels (crochets, mousquetons, ceinture, cordes…). On défait tout, on déroule, on tire dessus à deux et on inspecte manuellement sa propre corde avant de remettre le tout en état.
  • Le poste « remorque de pionnier » : Nous avons de la chance, notre commandement est très dynamique et a pris l’initiative de construire une remorque contenant une tonne (!) de matériel « Protection Civile » : Pince de désincarcération (c’est impressonnant, au passage), coussins pneumatiques de levage (avec 300 bars de pression, on arrive à soulever un tracteur avec un coussin de 20 x 20 x 2 cm !), outillages divers allant du tournevis à la pioche, pompes, groupe électrogène, extincteur, projecteurs sur pylône, matériel en cas de pollution par hydrocarbures, etc… Nous avons pu examiner le tout en détail et manipuler un peu ; et nous avons pu repartir avec la fièreté d’appartenir à une entité utile aux citoyens, et bien équipée pour répondre à tout incident.

Être pompier, c’est un devoir citoyen que j’apprécie. En Suisse, c’est un peu normal que les habitants d’une commune s’impliquent dans la vie de leur quartier, et c’est pour moi le moyen juste de contribuer à mon installation sur le territoire. Le principe suisse est également bien à mon sens : tout comme pour l’armée, on est libre de faire pompier ou non, mais si l’on ne veut pas, on paye une taxe permettant de financer ce service. C’est un bon principe citoyen.

 

Bruno, 1er assesseur au bureau de vote de Delémont

Pour les présidentielles et les législatives françaises, je me suis également senti redevable et me suis par conséquent impliqué au bureau de vote de ma ville, Delémont, où en tant que premier assesseur j’ai le devoir et la mission d’assurer le bon déroulement du scrutin durant chaque tour, de l’ouverture du bureau à sa clôture, puis au dépouillement et à la signature du Procès Verbal attestant que le vote s’est bien déroulé. J’ai ainsi pu dimanche dernier assister le président et le secrétaire du bureau de vote, respectivement Consul Honoraire de France à Delémont et Huissier du consulat de France à Genève, ainsi que de nombreux bénévoles qui s’étaient joint à nous pour toute cette journée.

Très intéressante expérience que celle-là. Je m’étais précédemment retrouvé scrutateur ou chargé du dépouillement lors de dernières élections, en France, mais le rôle de premier assesseur m’a convenu. Vérifier que le citoyen se présentant peut voter, annoncer à haute voix « Peut Voter », ouvrir et fermer consciencieusement la fente de l’urne à l’aide du petit levier et annoncer distinctement « A voté » ; se retrouver lors de la fermeture « Le scrutin est clos », assister au comptage méticuleux des enveloppes, des bulletins, du protocole strict réservé aux bulletins nuls, des décomptes intermédiaires où la tension monte, puis final où le sort est joué, du moins dans notre circonscription, à la rédaction du PV en plusieurs exemplaires avant envoi au Consulat… Pour la petite histoire, on me voit ici sur la photo, assis près de l’urne et chargé de l’émargement des listes.

Vraiment, j’ai apprécié de prendre partie à cette longue journée (7h30 – 22 h non-stop, pour un dimanche !), et où nous avons, chacun d’entre nous, eu le sentiment respectable de servir pour que chaque citoyen puisse se faire entendre dans le grand jeu des élections. Nous avons été aussi particulièrement contents de n’avoir que très peu de bulletins nuls ainsi qu’une forte participation, preuve en est que les citoyens se sont sentis concernés et impliqués eux aussi par ces élections.

Dans une semaine, ce sera le second tour, et je recommencerai avec plaisir l’exercice que le Consul a bien voulu me confier. Puis viendra le tour des législatives.

 

S’impliquer, c’est important

je ne fais pas cela pour le pouvoir ou pour l’argent, c’est certain. Je fais cela par principe et respect des autres, c’est ma manière de gratifier le fait que je sois résident suisse, et citoyen français. Tout simplement. C’est ma manière de faire de la politique, sur un terrain neutre, indépendant des partis et opinions, et dans un objectif d’apporter des choses concrètes, utiles. J’espère que cela aide au maintien de la stabilité des pays et nations qui nous offrent leur hospitalité, que ce soit l’Europe et la France en tant que citoyen, que ce soit la Suisse en tant que résident.

 

7 Comments »

Bruno Kerouanton on avril 28th 2012 in Culture, General

7 Responses to “Devoir citoyen”

  1. Blabla responded on 29 avr 2012 at 14:11 #

    Il y a quelques années, chargé du dépouillement dans ma commune pour le deuxième tour des présidentielles, une chose m’avait non pas choqué, mais étonné sur le coup : à 20H00, alors qu’on commençait seulement le dépouillement, nous entendions les gens qui avaient voté pour le vainqueur klaxonner. Je n’avais pas pas pensé à ça : on a un peu l’impression de « travailler » pour rien finalement. Car évidemment, nous n’étions pas sensés avoir les résultats. Je pense que maintenant, les smartphones doivent « crépiter » même chez les scrutateurs et assesseurs : à moins que ce ne soit expressément interdit ?

  2. Bruno Kerouanton responded on 29 avr 2012 at 18:12 #

    Il est vrai que les tentations sont parfois fortes lors des dépouillements. Mais la loi est claire et le Président du bureau de vote se charge de rappeler les références aux textes interdisant la publication des résultats avant 20 heures. La nouveauté par rapport aux précédentes élections, c’est qu’en cinq ans il se passe bien des choses, et l’accès immédiat à Internet et aux réseaux sociaux est désormais dans la poche de beaucoup de personnes. La législation devra t-elle évoluer et se rompre à l’exercice de ces nouveaux moyens de communication omniprésents, ultrarapides et globalisés ? C’est plus que probable, et tout comme pour le RSSI qui a pour mission de protéger les données dans un monde désormais ouvert, cela risque de devenir un défi pour le moins intéressant.

  3. Athalyan responded on 29 avr 2012 at 18:55 #

    L’engagement citoyen, c’est admirable et je te félicite d’être en accord avec toi même.

    Cela dit, pour être citoyen, il faut l’être « de quelque chose » = avoir des DROITS et des DEVOIRS.

    Un nombre croissant de personnes (dont je fais partie) ressentent l’injustice galopante de n’avoir que des DEVOIRS là où d’autres n’ont que des DROITS.

    Du coup, cela devient difficile d’être « citoyen » car… citoyen de quoi ? D’un système duquel on se sent exclu ? Qui nous abandonne quand on a besoin de soutien ou d’aide ?

    J’ai longtemps lutté mais cette année j’ai lâché l’affaire, jeté l’éponge. N’ayant pas le choix, je continuerai de remplir mes DEVOIRS (enfin disons de payer la rançon à mes ravisseurs) mais je refuse désormais de croire que le moindre investissement personnel ou citoyen puisse avoir la moindre contre-partie.

    L’état français ne paye pas ses fournisseurs, avec pour conséquence que les sous-traitants desdits fournisseurs ne sont pas payés non plus. Dans mon cas, cela devrait se traduire dans les 2 mois qui viennent par le licenciement de mon seul salarié, l’aveu à mes propres sous-traitants qu’ils ont eu tort de miser sur le mauvais cheval et qu’ils risquent de ne plus avoir des masses de travail venant de moi.

    Il faut bien comprendre la situation : chiffre d’affaires (très) correct depuis janvier mais coup d’arrêt à cause d’un système qui n’honore pas ses dettes, fussent-elles financières ou morales (j’ai déjà déboursé de ma poche personnelle l’équivalent de quatre mois de salaire + charges de mon salarié pendant que l’état et ses institutions se gavent de mes impôts).

    Alors je sais que pendant 5 ans je me condamne moi même à fermer ma gueule puisque pour la première fois de ma vie je m’ABSTIENS de participer aux élections et que c’est la seule façon de faire savoir mon écoeurement puisque le vote blanc est plutôt un vote « transparent ».

    Bref, je pourrais étaler le cas de mon entreprise pendant des heures mais aussi celui des DIZAINES DE PROSPECTS ET CLIENTS qui ont déjà flanché ou vont le faire prochainement parce que eux aussi n’ont que des DEVOIRS (payer) et aucun DROITS (comme être soutenu par une banque par exemple).

    Je t’admire Bruno car tu as de l’espoir et que tu le communiques. Pour ma part je suis définitivement pessimiste sur la capacité de l’homme à mener une vie harmonieuse et j’appellerais plutôt à la révolution… pas celle des extrémistes de gauche… une révolution de l’intérieur qui dit qu’il faut se passer de l’existant et faire un bon « select finger from hand where id=3″ à tous ceux qui ont crû bon de tenter le toucher rectal sur nous !

    Sur ce, je te redis mon admiration et te souhaite de pouvoir continuer longtemps !

  4. ITI responded on 30 avr 2012 at 10:23 #

    Le devoir citoyen, depuis quelques mandats, j’ai bien du mal à me sentir concerné. Hélas. Par contre, j’ai bien la photo du pompier qui me permet de jouer aux jeu des différences avec le pendant français. Dire que j’ai même débauché des pompiers pour les former à l’artifice… :)
    PS: ITI -> ex BSPP.

  5. Bruno Kerouanton responded on 30 avr 2012 at 18:13 #

    …Me voilà dépité, j’ai perdu une longue réponse que j’avais entrepris de rédiger, l’informatique en a décidé ainsi. Je recommence donc, si j’y parviens !

    ITI, c’est amusant en te lisant de constater que nous avons quelques points en commun que je n’aurai pas imaginé ! Mais revenons à notre sujet de fond, la question de l’engagement citoyen. Et j’en profite par la même occasion pour répondre au témoignage poignant d’Athalyan, qui fait état de son raz-le-bol, et que je comprends parfaitement, d’autant plus que c’est un ami de très longue date.

    Curieusement, je vous comprends tous deux. Que vous soyez en retrait, voire révoltés par le système français ne m’étonne pas le moins du monde ; et je dois admettre que si j’ai pu m’expatrier c’est un peu par chance mais également car je souhaitais pouvoir un peu respirer.

    Mon engagement citoyen, tel que je décris, je le dois au pays qui m’accueille, la Suisse. En effet, ici, le système est efficace et donne presque envie de s’impliquer, de rendre la pareille. L’administration fonctionne bien mieux qu’en France et il me semble que les dysfonctionnements y sont mineurs, en comparaison avec l’hexagone. Il en résulte une meilleure qualité de vie (moins de stress dû aux innombrables heures d’attente aux guichets pour la moindre démarche en France, aux innombrables formulaires et méandres administratives), et, pour moi, une envie de remercier à ma manière ce qui devrait être normal partout ailleurs. Il m’est par conséquent plus facile d’écrire mes propos en tant que résident suisse, car je me suis extrait du système que vous subissez de plein fouet.

    Petite anecdote qui m’a frappé lors des élections : sur l’urne se trouvait posé le code électoral aux éditions Dalloz. Un pavé de probablement plus d’un millier de pages imprimées sur papier Bible. Parfaite illustration de la lourdeur de l’appareil étatique français, conséquence de l’histoire et de ses méandres. Dès lors, on comprend que le système étouffe et ne soit pas adapté.

    La bureaucratie française mérite de sérieuses réformes, et l’Etat s’est transformé en mastodonte qui écrase sur son passage, causant des dégâts irréparables et inadmissibles à celles et ceux, individus ou entreprises qui ont la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

    Maintenant, Athalyan, l’Etat qui n’honore pas ses dettes n’assure plus son rôle, et c’est plus que préoccupant. Pour toi bien entendu, et j’entends bien ton désarroi, mais également de manière plus profonde car c’est un symptôme de cancer… Le rôle fondamental, viscéral, de l’Etat doit être de protéger ses concitoyens, et par extension son économie et sa souveraineté. Si il ne le fait plus, à quoi bon, en effet miser sur le système.

    Vos points de vue, et surtout ton témoignage, Athalyan, m’interpellent fortement. Je ne peux que constater que quelque chose ne tourne pas rond et que la gouvernance française a probablement perdu de vue son rôle initial.

    Je le déplore, et constate par ailleurs qu’il est souvent impossible d’agir lorsqu’on est à l’intérieur du système. Ayant eu ce privilège d’avoir pu m’extraire de celui-ci en allant vivre à l’étranger, cela me permet également de voir l’ensemble du dehors, avec un nouvel angle, plus sereinement et sans avoir à lutter sans cesse. C’est avec cette vision, ce point de vue, que je me permets de m’engager, un petit peu, pour tenter indirectement d’aider. Et cela me convient bien plus que de manifester pour ou contre tel ou tel candidat. Malheureusement, celui qui me conviendra, celui qui aura le courage de réformer l’appareil étatique et ses organes syndicaux afin d’apporter une vraie dynamique pour le secteur privé et les citoyens, je ne l’ai pas encore trouvé…

  6. ITI responded on 02 mai 2012 at 9:44 #

    Changeons le contexte, le lieu, le pays et je pourrais (re)devenir citoyen et concerné. ;)
    Merci pour ton insistance à rédiger ta réponse.
    Sinon, il faudra bien qu’on se croise un de ces 4, en Ile de France ou chez le petit savoyu du Bornand….

  7. FDA responded on 09 mai 2012 at 14:28 #

    « parmi mes priorités, le devoir citoyen figure dans mes priorités »

    Ouille ! Bruno, tu commences à avoir besoin de vacances !

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