Vivre dans les champs… magnétiques !

Je pensais publier cela en début de semaine dernière mais mes activités professionnelles ont eu raison de mon temps 😉

Une nouvelle importante de la célèbre firme Intel m’a intéressé au plus haut point. L’allumage d’ampoules de 60W, et cela sans fil, sans batteries… juste par induction.

L’idée n’est pas nouvelle, certes, mais selon les chercheurs d’Intel, ils auraient réussi à transférer de l’électricité par induction sans danger pour l’être humain. Personnellement, même si il l’affirment, je n’aime pas trop l’idée de me trouver au beau milieu d’un champ d’induction permettant d’allumer des lampes de 60W ; il y a un côté peu rassurant, non ?…

L’annonce officielle d’Intel est ici, et on y lit la vision à 40 ans de leurs dirigeants, qui ne prennent pas beaucoup de risques en racontant cela – ils seront certainement en retraite, et peut-être déjà plus de ce monde pour assumer ces nouveautés technologiques bénéfiques ou maléfiques, l’avenir nous le dira ! Sur le contenu de cette annonce, pas de quoi casser une patte à un canard, ils annoncent des banalités du genre « l’informatique sera omniprésente, et changera de forme par rapport à ce que l’on connait de nos jours ». Seul point intéressant, en fait : leur Wireless Resonant Energy Link (WREL), qui permet de transférer de l’énergie à distance et qui semble déjà fonctionnel puisqu’ils le CTO d’Intel Justin Rattner a fait une démonstration du système la semaine dernière lors du forum annuel des développeurs à San Francisco.

En gros, si j’ai bien compris, il s’agit d’une grosse boucle d’induction, qui transforme l’énergie électrique en champ magnétique, et de l’autre côté on fait le contraire, ce qui permet de restituer l’énergie pour allumer la fameuse lampe, ou un ordinateur portable par exemple. Cela existe déjà dans le domaine de la cuisine avec les plaques à induction vitrocéramiques, mais ce qui est nouveau, c’est que l’on ne parle plus de centimètres mais de distances de l’ordre du mètre ou plus.

Ils ont déjà plein d’idées, chez Intel. Par exemple se débarrasser de tous les câbles et fils d’alimentation pour avoir des ordinateurs et PDA *vraiment* sans fils, y compris pour l’électricité. Ainsi, ils imaginent que les aéroports et lieux publics seraient équipés de telles boucles d’induction pour alimenter les ordinateurs des alentours. On pourrait faire de même à la maison ou au bureau.

Cela me rappelle d’ailleurs la RFC 3251, qui avait défrayé le chronique en son temps car déjà en 2002 il s’agissait de transporter de l’électricité en se servant de paquets Tcp/IP, pour allumer une lampe. Rien à voir avec les technologies de PoE (Power over Ethernet, ou 802.3af), puisque cette norme évoquait plus le principe du Power over Internet ! Pour en finir avec cette croustillante RFC 3251, je vous laisse la lire en intégralité, elle vaut son pesant de cacahuètes surtout avec ses acronymes :

  • VPN: Voltage Protected Network
  • RSVP: Rather Screwed-up, but router Vendors Push it - an IP signaling protocol.
  • CRLDP: for CRying out Loud, Don't do rsvP - another IP signaling protocol.
  • etc.

Mais trève de plaisanteries, revenons à nos moutons, qui brouteront bientôt paisiblement dans de vastes champs… magnétiques.

Face à une telle annonce, j’ai plusieurs interrogations. Forcément tout d’abord celle de l’incidence sur la santé. Nos fameux chercheurs semblent convaincus de l’innocuité de la solution car il s’agit de champs magnétiques et l’être humain n’est pas sensible à ces derniers. Il me semble pourtant que de nombreux animaux soient sensibles aux champs magnétiques, ne serait-ce que les oiseaux migrateurs. Il sera intéressant de voir quelles conséquences pourront survenir alors, même si il est fort probable que ces champs d’induction seront localisés.

Ma seconde interrogation repose sur l’innocuité de la solution pour les objets… Il m’est arrivé plus d’une fois d’avoir ma piste magnétique de carte bancaire ainsi que mes tickets de métro démagnétisés par mon holster de téléphone à la ceinture, qui a des aimants trop puissants. Je me doute bien que si l’on veut transporter 60W de puissance électrique même à quelques mètres de distance, compte-tenu de la déperdition et du fait que le rayonnement ne soit pas focalisé (je suppose), le champ magnétique doit être furieusement intense, et je n’ose pas imaginer l’état des pistes magnétiques des cartes bancaires, tickets de métro et autres disquettes (bon d’accord ça n’existera plus!) qui entreraient dans le champ. Si ça se trouve, cela pourrait même faire office de dégausseur pour effacer les disques durs… Pratique pour éviter les fuites de données comme celles qui ont fait parler d’elles grâce à cause d’Ebay récemment.

Je suppose que d’ici la commercialisation de tels inducteurs, il y aura quelques études et autres vérifications, mais si c’est comme avec la téléphonie mobile ou le WiFi, l’engouement pour la liberté de mouvement risque fort de passer avant les préoccupations sanitaires.

Dernier point qui n’engage que moi : quand je travaillais sur les terminaux GSM chez Alcatel en 1999, je souffrais parfois de maux de têtes en fin de journée. Il faut dire que je travaillais directement à la mise au point en utilisant des BTS de labo qui rayonnaient à 30W de puissance. L’équipementier, craignant pour notre santé nous avait fourni des boîtes de Faraday pour y mettre les téléphones à tester, le rayonnement de la BTS arrivant directement dedans via un cable coaxial (blindé par définition). Seulement voilà… comment faites-vous pour manipuler les menus sur un téléphone portable qui est enfermé dans une boîte ? Pas d’autre solution que d’ouvrir celle-ci et d’y glisser la main pour atteindre le clavier. Alors nous nous retrouvions avec la main dans la cage, si j’ose dire. Et bien sûr celle ci n’étant pas fermée, nous absorbions une partie du rayonnement. Mais c’est la vie des chercheurs et des ingénieurs, n’est-ce pas ?! Tout technicien télécom ou travaillant dans le domaine des transmissions et des radars le sait, il ne faut pas s’exposer directement face aux émetteurs, il y a suffisamment d’étiquettes et de panneaux sur ces équipements qui le mentionnent ; et la durée d’exposition est réglementée. Je vous laisse lire la très intéressante directive européenne sur les CEM à ce sujet, qui explique tout cela en détail.

Pour ce qui est du GSM, donc, je pense qu’il y a risque si l’on se trouve à proximité d’une station de base, où si l’on reste des heures avec le téléphone collé à l’oreille. Pour le Wi-Fi, je suis beaucoup moins inquiet en fait. Les fréquences sont certes plus proches des bandes micro-ondes mais la puissance est réduite (enfin tant que l’on respecte le droit européen et que l’on achète pas d’équipements surpuissants interdits à la vente du moins en théorie, et l’on ne colle généralement pas son oreille directement sur l’antenne de l’émetteur WiFi… Pour le BlueTooth, et plus précisément des oreillettes, je ne sais pas me prononcer.

Dernier point relatif à ces histoires d’ondes et qui m’intéresse, le projet HAARP et ses dérivés (et dérives…) mais il mériterait un billet à lui tout seul !

Allez, bonne journée, profitez bien des rayonnements… de soleil tant qu’il fait encore beau 😉

Comments

Comment by Yann on 2008-08-31 17:07:44 +0200

Hein Bruno, tout le monde respecte le droit européen 🙂

J’ai profité d’être à la DefCon pour m’en acheter une, et je dois dire que, même si je suis tout à fait d’accord avec ton analyse sur le rayonnement, c’est sacrément pratique 😉

En tout cas ce « Power over Wireless » me laisse songeur…

Comment by marc on 2008-09-02 10:28:00 +0200

Mouhahahawaha ! « équipement surpuissant » à 500 mW en 2400…. ROTFL…

Et moi qui me dit que mes 40 W PEP sont légèrement trop faibles (40 W PEP… parce qu’avec les 28 dB de gain de l’antenne, je n’ose faire un dessin….. mouahahaharfl !)

surpuissant… j’en ai encore mal aux cotes… merci Bruno pour ce moment de franche hilarité.

Bon, ceci pour dire que y’en a qui utilisent ce genre d’extension WiFi pour une simple raison : c’est pas cher, et les drivers sont directement compatibles avec les développements d’Aircrack, toutes versions confondues. Mais Aircrack, c’est essentiellement de la réception, du moins dans sa phase numéro 1. Et là, la puissance ne sert à rien. « tant vaut la station, tant vaut l’antenne » dit un vieux proverbe. Une shorted backfire, un petit réseau d’antennes carreau mises en phase, une « boite de ricoré » pour illuminer une parabole (la ricorée seule n’est qu’une vaste plaisanterie)… a chacun ses armes.

Je partage totalement ton point de vue sur le « principe de précaution » relative aux champs magnétiques intenses. Tant qu’il n’y aura pas d’étude épidémiologique sérieuse prennant en compte les cas extrèmes, les chargeurs de batteries magnétiques devront demeurer à l’intérieur d’une bonne cage de faraday.

enfin, il me semble, indeed.

Comment by Bruno Kerouanton on 2008-09-02 22:16:03 +0200

Héhé, Marc… bon je comprends ton hilarité en lisant mes propos, et tu sais que je partage ton avis, car on connaît ce domaine tous les deux. Mais cependant j’insiste et réitère, car sur le plan légal 500mW pour ce type de fréquences c’est trop si l’on en lit les textes de loi. Du moins pour les particuliers. Après, on peur faire beaucoup plus selon son statut et les circonstances. Si on prend Haarp par exemple, on est dans ordre de grandeur totalement démesuré, mais ce n’est pas pour les particuliers, et pas sur les mêmes bandes de fréquences. Bref, on préfère calmer le jeu pour le public en limitant au maximum, sait-on jamais… Cela étant, tu as raison c’est une carte qui est totalement compatible aircrack-ng, un coup de liveCD/USB BackTrack3 et hop c’est parti !