et hop…

Mine de rien, c’est une semaine qui s’annonce bien. Ma banque vient de me créditer des sommes qui avaient été dérobées sur mon compte, et ce week-end j’ai pu effectuer mes deux premiers sauts « solo ». Et oui, ça y est : je peux fièrement exhiber ma carte de licencié de la Fédération Française de Parachutisme.

(update: les vidéos sont en ligne !)

Pour sauter, quelques conseils et avis :

**1. Pourquoi sauter ?

**

De manière générale, s’élancer dans le vide à 1’200m (ou plus) du sol, d’un avion volant à 140km/h est une idée saugrenue qui, j’en conviens, n’est certainement pas spontanée. Il faut un leitmotiv, une raison… Le goût du défi, de l’adrénaline, de l’inconnu ? Sans doute. Mais certainement un peu plus.

Pour ma part, j’ai eu la chance de côtoyer à trois reprises des adeptes de cette discipline : le premier était militaire de carrière et devait très probablement passer un temps considérable à sauter dans des conditions inimaginables. Je n’en saurai pas plus sur ses performances mais suis certain qu’il frôlait l’extrême. Le second était un collègue de travail du temps où j’exerçais mes fonctions chez Intexxia, en 2001. A l’époque je ne connaissais pas trop ce sport, mais chaque week-end il allait sauter, cumulant les sauts par milliers ! D’ailleurs, il a peu après été en Thaïlande pour faire un record du monde de 357 parachutistes crochés ensemble… Pour cet exploit, pas mal de préparation et plusieurs Transal de l’armée Thaïlandaise pour pouvoir larguer toute la marmaille d’un coup ou presque ! Le troisième larron est… mon collègue de travail, dont le bureau se trouve à 10 mètres du mien et habite dans le même village. Forcément, à force d’en discuter régulièrement ça donne envie, et puis c’est ensemble que nous avons fait notre initiation au Deltaplane cet été. Lui aussi est un adepte dépassant le millier de sauts… il m’avait traîné jusqu’au club déjà à plusieurs reprises « pour voir »… il n’y avait plus qu’à !

Je rajouterai à la liste mes deux sauts Tandem… Le premier date de 1999 ou un peu avant je crois, c’était un jour de vacances du côté de Chambéry. A une extrémité du lac, il y a un aéroport et un club. Sur un coup de tête (assez raisonné, en fait), j’ai pu découvrir le paysage sublime de 4’000m de hauteur. Sensations fortes comprises (c’est toujours une décharge extraordinaire d’adrénaline la 1ère fois, même en tandem) et découverte de cette sensation inexplicable lors du basculement hors de la carlingue puis lors des secondes en chute qui suivent. Une petite photo pour montrer à quoi ça ressemble du haut.. Sympa n’est-ce pas ? Et derrière soi, toutes les Alpes scintillant avec le soleil. Bref, inoubliable !

Il aura fallu attendre l’été dernier pour que je lance dans un second tandem. Circonstances exceptionnelles : on a sauté au-dessus de la maison ; la fête de l’air organisée durant ces quelques jours se déroulant à 2 pas de mon village, et les quelques champs environnants ayant été transformés en piste d’aviation pour l’occasion ! Et comme en Suisse il n’y a pas besoin de certificat médical pour un tandem, même à 3’500m (il « suffit » de payer…), c’était simple. Je pensais au départ faire un second saut, mais vu le prix excessivement élevé demandé par l’organisme en question, je me suis dit qu’il valait finalement mieux mettre les 400 francs demandés (par saut ! no comment please…) de côté pour un usage plus rationnel. Et j’ai bien fait !

2. Les formalités

Je crois que vous l’avez compris, c’était prédestiné, je devais sauter tôt ou tard depuis le temps que je cogite… Reste à trouver le temps, un médecin et à se dire qu’il faut y aller. Ca m’aura finalement pris plus de 10 ans pour m’y mettre finalement, mais compte-tenu qu’il n’y a pas d’âge limite (du moins je crois, à en voire tous les sympathiques « papis » qui sautent au club et qui m’ont l’air retraités depuis longtemps !), pas de risque de se faire repérer.

La visite médicale est o-bli-ga-toire. Et elle doit se faire chez un médecin agréé Parachutisme sportif… c’est l’une des raisons qui a retardé mon premier saut. Travaillant en Suisse, et voulant sauter en France, il fallait que je prenne rendez-vous dans un cabinet français et donc poser ma demi-journée pour juste une visite. Au final ça s’est déroulé de manière bien plus pratique : je me suis inscrit au club, et la médecin m’a fait passer la visite de suite, sur place : elle saute également et du coup fait passer les visites au membres du club bénévolement (5 euros, soit 30 secondes du temps d’un médecin suisse, ou presque. Mais passons). Petite précision : si seul le saut tandem vous tente, votre médecin habituel peut vous donner une attestation de « non contre-indication », qui suffira pour tester cette inestimable sensation.

Le test de connaissances est aussi obligatoire et est éliminatoire si plus de 5 réponses sont fausses sur les 30 questions posées. Après 12 journée de cours à apprendre les suspentes, les poignées de libération et autres glisseurs , en général on s’en sort bien. Et c’est parti pour le grand saut !

3. Et hop !

J’ai eu de la chance. A peine le contrôle des connaissances validé, j’ai sauté dans une combi, pris un casque, fixé le sac sur le dos et attendu qu’un moniteur vienne vérifier le tout et attache la radio. Puis hop, me voilà dans l’avion. Un beau coucou avec une turbine en guise de moteur, si bien que la mise en branle de l’hélice s’accompagne du bruit caractéristique des hélicoptères ! Pour ma part, j’adoôôre ce son 😉 La porte latérale de l’avion est transparente, et ne ferme qu’à moitié… ça rafraîchit et ça surprend, mais bon d’un autre côté cela prépare psychologiquement à la sortie puisque tout au long de l’ascension on voit le sol qui s’éloigne et on se dit qu’on devra « y passer », après tout c’est pour cela qu’on est en train de voler ! Voilà ce que ça donne, « ma » drop-zone avec une vue magnifique sur les différentes pistes d’essais de voitures d’Audincourt :

La porte s’ouvre… je peux vous assurer que c’est le moment le  plus délicat sur le plan psychologique, car le cerveau « comprend » instinctivement « qu’un truc pas normal » est en train de se passer, et les systèmes d’alerte inconscients se mettent à vous hurler le sentiment d’angoisse ! Imaginez-vous ce que ressentirait un enfant de 5-6 ans confortablement installé dans son siège réhausseur, à l’arrière d’une voiture roulant à 130km/h sur l’autoroute, lorsque tout à coup sa portière disparaît littéralement et qu’il voit la route défiler à quelques centimètres de ses pieds et le risque de tomber… Pas très fier, le gamin, à ce moment ! Pour ce premier saut, c’est un peu pareil… Normal, on nous avait prévenu de toute manière que notre cerveau passerait en mode « panique » au moment de sauter. Malgré nos sens en mode « stress », le moniteur nous dit de nous préparer (j’ai à chaque fois sauté en tout premier, gloups !), et de prendre la position répétée plusieurs fois au sol : Le pied gauche sur le marchepied hors de l’appareil, le pied droit sur l’angle de la porte, on regarde le moniteur et on donne un coup de jambe pour quitter la carlingue ! On dira ce qu’on veut, mais la première fois (et les suivantes probablement aussi), il faut oser ! Notre cerveau, ses préjugés et son instinct de survie en prennent une sacré claque !

La chute… Pour ma part, ce sera bref car je me suis inscrit pour une formation dite traditionnelle, avec un parachute à ouverture automatique juste après le largage. Et puis de suite le sentiment de calme et de sérénité une fois la voile déployée. C’est planant, de se retrouver à planer (!) à 1’000m au-dessus du monde, accroché au vent par trois bouts de ficelle et un morceau de tissu fin comme du papier. Et je vous assure aussi que tout sentiment d’angoisse a disparu durant ces quelque 5 à 7 minutes de promenade. Guidé par radio la première fois, tout se passera bien et j’arriverai même à atterrir debout sur la cible et le sourire aux lèvres… pas mal !

Du coup, j’obtiens l’autorisation de refaire un saut de suite, alors que normalement à l’issue de la formation on doit attendre le lendemain pour le second saut. Chouette… sauf que !

Cette fois-ci on s’entasse comme des bêtes dans l’avion car plein d’autres membres veulent sauter (plus haut). Et comme je suis le premier largué, je me retrouve accroupi durant toute l’ascension, collé au vide de cette satané porte qui ne ferme qu’à moitié. Pour le décollage c’est amusant de voir la roue juste à côté de soi, mais ça le devient moins lorsque l’avion prend de l’altitude et qu’on a franchement l’impression tout du long que l’on va passer par le trou (au moins 40cm de large…) si on ne s’accroche pas à quelque chose. C’est encore moins amusant lorsque le pilote, pour s’amuser, nous fait une petite « montagne russe » après le décollage, et pire que tout lorsque le seul moyen de ne pas tomber dans le vide est de tenir la poignée de largage située presque dehors, avec le froid, le vent et tous les doigts transis au moment de sauter… Du coup, lorsque le moment de sauter est arrivé, mon cerveau n’était pas trop « au top » et malgré mes précautions pour me mettre lentement en position, hors de l’avion, ma sortie était ratée. Sans avoir eu le temps de comprendre quoi que ce soit, me voilà tête en bas, le parachute qui s’ouvre, mon pied qui se prend dans une suspente et la voile qui se met à tourner… Le truc qui peut finir fatalement. Au sol, on nous a appris qu’il fallait « à tout pris » se dégager dans ce cas, sinon… Curieusement je n’ai pas paniqué et ai bien réagi tout du long. J’ai commencé à me secouer dans tous les sens, et tout est revenu dans l’ordre. Ouf ! Pour mon 2ème saut, j’ai donc appris à gérer une situation d’urgence… Je ne vais pas me plaindre, ça s’est bien passé tout compte fait, et au moins je sais ce qui peut arriver…

Allez… quelques vidéos prises par mon collègue lors de ce second saut :

Pliage du parachute du 1er saut (0:49) Vérification avant de monter dans l’avion (0:34)
L’ascension et la piste d’essais (1:34) Le deuxième saut… un peu raté ! (0:30)

Vous aurez remarqué que lorsque je quitte l’avion, je fais un salto arrière… hem !

Le pire est ce que cet incident ne m’a même pas coupé l’envie… j’ai passé toute la soirée à me dire qu’il fallait que je saute de nouveau pour apprendre à corriger cette mauvaise sortie d’avion.

3. Le budget

Une fois le(s) premier(s) saut(s) effectués, et que la seule chose à laquelle on pense c’est de savoir quand on pourra remonter dans le zinc, c’est qu’on est bien partis pour continuer.

Ce dimanche, j’ai pris un peu de temps à lire les différents documents présents sur le site intranet de la Fédération, et à voir quels sont les matériels à prévoir… Me baladant de site en site, au gré des équipements, j’ai trouvé un très bon blog tenue par une canadienne qui explique plein de choses très utiles. Allez-y, c’est bien fait et instructif.

En tout cas, voici ma première impression sur cette discipline sportive :

Le golf est un sport de fauchés à côté du parachutisme !

Compter 8 à 10’000 Euros pour un équipement (neuf)… Sans compter le coût par saut, la licence, les assurances complémentaires, la révision du matériel, etc. !!!

Pour vous donner une idée, le « parachute », ce truc de quelques kilos qu’on met sur le dos et à qui on confie notre vie, c’est :

– un sac/harnais (vide !): compter dans les 2’000 Euros,

– une voile principale : de 2 à 4’000 euros. Vu l’épaisseur et le poids de la chose, je suis prêt à parier qu’on dépasse le prix de l’or pour le même poids !

– une voile de secours : idem, 2 à 4’000 euros. (argh… pour un truc qui ne « sert à rien » (enfin on espère et on croise les doigts !))

– un système de sécurité altimétrique qui libère la voile de secours : 1’000 euros. Quand on voit que c’est une sorte de boîte d’allumettes avec 2 fils qui sortent, on se dit quand même qu’il y en a qui doivent se faire des marges énormes, mais bon… vu que c’est « la bourse ou la vie », on accepte !

– différents accessoires, goupilles, aiguilles et autres fils : compter 4 à 500 euros.

On ajoute à cela :

– le casque : 250 à 500 euros, suivant le modèle et les capacités (fixation pour caméra, etc.)

– la combinaison : de 300 à 600 euros.

– l’altimètre au poignet : de 100 à 400 euros.

– les gants : 25 à 50 euros.

Et si on est très riche, on peut compléter par des altimètres sonores, des ordinateurs de vol, des caméras vidéos, d’autres raffinements technologiques et bien d’autres gadgets tout aussi petits qu’onéreux… le bonheur, quoi !

Donc en gros, on a le choix entre l’équipement ou s’acheter une voiture !  Je mettrai tout ça sur ma liste au Père Noël mais je sens qu’il va m’envoyer paître ! Heureusement, comme pour les voitures, ça se loue également ou bien ça s’achète d’occasion (mais il faut avoir confiance !).

Et ensuite, il faut sauter… donc payer ! Bah, oui, ne pensez pas que l’avion va vous emmener jusqu’au septième ciel gratuitement pour vos beaux yeux ! Il faut payer le pilote, le kérosène, les assurances, le tarmac, la tour de contrôle, les licences, l’avion (devinette : vous savez combien coûte un tel avion ? Et le prix de cette fameuse porte latérale (qui ne ferme qu’à moitié, ggrrr !) Tentez de deviner, je vous dirai ensuite)… Bref. Il faut compter entre 15 et 25 euros par saut. Autant dire que pour arriver à décrocher le brevet C (entre 200 et 250 sauts minimum), le compte en banque est déjà à sec depuis longtemps !!!

Mais quand on aime, on ne compte pas, n’est-il pas vrai ?

Comments

Comment by Le troisième laron on 2010-03-15 20:39:24 +0200

C’est bien exprimé, il y a beaucoup d’émotions exprimées et vécues. Ce nouveau monde ouvre les portes d’un presque paradis. Bienvenue.

Etienne

Comment by miib on 2010-03-15 23:26:42 +0200

L’urgence tu as géré & ton pied tu as pris…

tu n’es donc plus un jeune padawan et avec ce changement de niveau, tu vas devoir répartir tes points d’expérience dans les catégories habituelles 🙂

Comment by Cédric Pernet on 2010-03-16 13:47:27 +0200

La plupart des parachutistes amateurs que je connais louent leur matos, si tu ne sautes qu’une fois de temps en temps ça semble moins onéreux comme solution… Mais reste quand même à bien raquer pour le diplôme.

Comment by Bruno Kerouanton on 2010-03-16 13:53:07 +0200

Disons qu’avec les combinaisons et le casque prêtés par le club, on a l’air d’un champignon vénéneux dans un sac à patates !

Pour le reste du matériel, c’est clair qu’il vaut mieux louer, d’autant plus qu’on débute par une voile école, et qu’on change pour une voile plus rapide dès que l’on en a la possibilité et les capacités.

Mais le jeune padawan a hâte d’apprendre la suite 😉

Comment by Yann on 2010-03-16 22:00:34 +0200

Well done Bruno !

Ah ca me rappelle mon saut il y a quelques années !

Salutations au(x) collègue(s) !

Comment by ITI on 2010-03-17 09:19:06 +0200

Loues, pis après tu trouveras une bonne occase en discutant avec les gars au sol, ptêt même avec un sac propre…

Pis tu amélioreras tes chutes et tu verras si c’est le freestyle ou le VR4 qui te vas….. Là, tu changeras je pense pour un matos plus « définitif ».

A quand le Base ? 😉

Comment by ITI on 2010-03-18 16:47:27 +0200

Ton truc qui fait un super bruit, c’est un CESSNA mais avec une turbine. Si tu bouges un peu ailleurs, tu pourras même tomber sur des Pil (des Pilatus, des avions suisses avec turbines à pas variable également), ça arrache un peu plus mais le bruit est pareil. On y tiens à 6 ou 7 jusqu’à 3500….

Après, plus gros mais bruit différent, c’est TwinOtter (double turbine) ou SkyVan (un gros cargo carré) et parfois même durant les boogies, on loue des trucs genre Antonov, hélicos russes multipales ou autres Transall…..

Comment by Bruno Kerouanton on 2010-03-18 18:21:15 +0200

@ITI : tu m’as l’air connaisseur… Tu es adepte ?

Comment by ITI on 2010-03-22 11:08:12 +0200

Je le fus. Manque de temps. On sautait à La Ferté Gaucher (centre déplacé depuis) pour passer le A. env. 15 sauts (faudrait retrouver mon carnet de sauts). Depuis, j’ai trouvé d’autres passions pas plus sérieuses (plongée spéléo, par exemple). 😉

Comment by Kamal on 2010-04-01 20:39:13 +0200

Rien qu’à lire ton blog Je ressens les sensations de mes sauts… en même temps ça ne fait qu’une semaine que j’ai intégrer le monde fou des paras ^_^

Je confirme qu’en Pilatus c’est pas plus rassurant, et rectification ITI on peut tenir jusqu’à 10 dedans ! Pas confortable mais ça passe 🙂

Bref content de voir que les impressions restent les mêmes.

A bientot sur dz alors

Comment by Aurélien C. on 2010-04-09 10:43:26 +0200

C’est bon ca ! Comme moi tu pourras bientôt envoyer tes données dans le cloud 😉 http://www.vimeo.com/7501736