De Platon aux FPGA

(…troisième billet de la soirée, cf. plus bas !)

Deux semaines presque sans Internet, ça permet de lire… De plus, suite à une avarie technique aérienne, je me suis retrouvé coincé une après-midi entière à l’aéroport lors du départ, le vol de 14h étant finalement parti à 19 heures ! Du coup, après avoir parcouru en long, en large et en travers le kiosque à journaux du terminal, j’ai fini par dégotter deux choses intéressantes…

1. L’anthologie du savoir

Les éditions CNRS, en collaboration avec le Nouvel Obs, ont décidé de constituer une collection en 20 volumes des meilleurs textes. C’est en kiosque au coût assez raisonnable de 10 euros le volume. Loin de moi l’idée d’acheter l’ensemble des textes, que je n’aurai probablement jamais le loisir de lire ; mais je n’ai pas pu résister à l’attrait du volume traitant de la Physique.

Platon, Copernic, Galilée, mais également le petit livre sur la magnifique et très didactique introduction aux relativités restreintes et générales d’Einstein, l’essai tout aussi limpide de

Georges Lemaître (un prêtre mathématicien et astrophysicien, fait singulier) sur la supposition du Big-Bang, pour terminer en beauté sur l’explication assez philosophique de Schrödinger sur la nature quantique des choses, et le fameux exemple du chat quantiquement atomisé, si bien que ses états de mort et de vie sont brouillés. J’avoue que j’ai eu un peu plus de peine sur ce dernier texte ; même si je sais comment fonctionnent les principes quantiques… Mais c’est très intéressant.

Autre fait qui m’a marqué : Platon. Je n’avais jamais lu aucun de ses textes (ou du moins je n’en ai pas conservé le souvenir si, durant ma scolarité, je l’ai fait sous contrainte), et je dois avouer que j’ai été séduit par le Timée. Ce très long texte (plus d’une centaine de pages) est un peu décousu car l’on y débat de nombreuses choses à la fois, mais je suis impressionné par le niveau de maturité et de réflexion de Platon. Tout y passe, ou presque : philosophie, politique, sciences de la vie, reproduction des espèces, mathématiques, astronomie, physique et chimie, etc… Belle démonstration d’érudition et de questionnements en tous genre. Quand on pense que Platon a vécu de 427 à 347 avant JC malgré un texte qui semble bien plus actuel qu’il n’y paraît, je tire mon chapeau, et avoue que si l’on m’avait présenté le texte sans en préciser l’auteur, j’aurai certainement rajeuni ce dernier de bien cinq ou six siècles ! En tout cas ce texte (tout comme les autres de cet ouvrage) est un must pour l’âme curieuse ou scientifique qui sommeille en vous !

2. Open Silicium, la revue de l’embarqué

Dans un monde bien éloigné de ces élégantes préoccupations théoriques, j’ai également acheté le premier numéro de « Open Silicium« , le petit dernier des éditions Diamond (MISC et Linux Mag). On y traite exclusivement des systèmes embarqués, si possible sous Linux ou dans un monde ouvert et open-source. Des kits de développent ARM et Android aux secrets des FPGA et des interfaces JTAG.

Des auteurs que je connais tels que Pierre Ficheux ou Sébastien Bourdeauducq y contribuent, et c’est très intéressant ! Evidemment, comme pour MISC, on part direct dans le vif du sujet et il vaut mieux avoir quelques bases d’électronique et/ou de programmation bas niveau… Pour preuve, le premier article que l’on découvre en ouvrant la revue traite de la simulation mathématique de circuits électroniques, filtres et autres gâteries analogiques grâce à Spice3… Débutants s’abstenir ! La phrase choc en couverture à beau dire que « _L’embarqué devient accessible à tous !_« , je me permets d’émettre quelques réserves en pensant à Mme Michu et sa nombreuse famille 😉

Pour ma part, j’ai adoré ce premier numéro et sens que la suite me plaira également. Mon prochain billet devrait d’ailleurs normalement parler du démontage de la LiveRadio Vintage d’Orange, un système embarqué typique…

Je lis bien entendu mille autres choses (je viens par exemple de dévorer en intégralité un guide du Routard pour organiser mes prochaines vacances), suis toujours plongé dans les livres de Volkoff… et ai démarré sur les chapeaux de roue la nouvelle année (littéralement, sur un Segway X2 !)… mais c’est une autre histoire !

Comments

Comment by marc on 2011-01-18 15:05:28 +0200

Oserais-je ? allez, j’ose.

D’ailleurs, c’est même pas moi qu’ai commencé. J’oserais rebondir sur les modélisations et les applications embarquées. En poussant un grand cri d’indignation tout d’abord, car si, bien sûr, les programmes de simulation sont à la portée de tous. Amateur de HiFi ou grand guérilleros du filtrage d’interférences radio, braconnier de la bidouille à trois composants ou hacker débutant, il n’y a que deux méthodes pour comprendre les « machins électroniques » : à la dure et à la matière molle.

– la manière dure, celle qui consiste à cannibaliser des composants, souder, mesurer, griller, remonter, tester… et qui part du principe –oh combien exact et vérifié- que seules les erreurs permettent d’apprendre. Sport de riche qui exige la possession d’un stock de composant, d’une vue perçante et d’une main de marbre–car les temps sont aux composants à montage de surface- ainsi que d’une théorie d’instruments de mesure dont les noms se terminent généralement par « scope », « mètre » ou « teur » : oscilloscope, wobulateur, fréquencemètre, bolomètre… Le tout baignant dans une douce fumée bleuâtre répandant une âcre odeur de brûlé et un vague relent d’ozone…

– et il y a la méthode « Soft », qui est à la conception de circuit ce que les fpga sont au fer à souder. Compliqué ? meuh non, diraient mes voisines Abondance. Il suffit pour s’en persuader de télécharger LT Spice par exemple (http://www.linear.com/designtools/software/ltspice.jsp), de coller une résistance, une self et une capa pour voir se tracer automatiquement l’impédance caractéristique du circuit, sa fréquence de coupure… et tout çà sans analyseur vectoriel (VNA dit ma concierge qui adore les sigles aussi abstrus qu’abscons).

– Encore trop compliqué ? téléchargez AADE Filter Design (http://www.aade.com/filter.htm) ou RFSim99 (http://membres.multimania.fr/f1rhr/tech1/RFSIM99/RFSim99.htm) (ah, zut, il faut une VM sous Windows XP, c’est un vieux code), encore du gratuit mais tout aussi « closed source » qui aurait rendu neurasthénique mon prof de physique s’il avait su qu’un jour il faudrait moins de temps à un ordinateur pour dessiner la réponse de filtre elliptique qu’un ministre pour faire une promesse électorale.

Allez, une couche d’embarqué, histoire de changer de sujet, ou presque. Deux confrères ont pondu –après quelques deux ans d’étude- deux projets de « cartes de traitement de signal » initialement destinée au monde des radios à définition logicielle. SDR Widget (http://www.yoyodyneconsulting.ca/pages/SDR-Widget.html) et USB2SDR –phase finale de développement. Mais outre ce genre d’usage qui ne concerne que quelques happy few un peu rêveurs et dérangés, elles peuvent intéresser tous ceux qui s’offrent des enceintes Cabasse ou qui planent en écoutant les suites de Bach par Casals (deux hommes-sécu au moins se reconnaitront ici) : 192 KHz de bande passante, échantillonnage sur 24 bits, dynamique de 130 dB (ce qui place le haut de gamme Roland au rayon des jouets pour fillettes)… de quoi entendre clairement le bruit des ongles de Glenn Gould sur l’ivoire de son Pleyel sans qu’il soit couvert par le « palala, palabalam » de l’interprète. Le tout est né précisément de longues heures de développement (open pour le coup) et de modélisation (merci encore LT Spice). De futures évolution devraient d’ailleurs faire converger ces deux projets vers une approche fpga de la chose.

Tout çà pour dire que, faire du « hard » avec du « soft », même si cela peut, au début, choquer un peu des gens de ma génération, est à la portée de tout le monde. Ce pourrait même être le fameux « lien » qui permettrait aux hommes du soft d’appréhender un peu mieux les implications sécuritaires de certaines installations matérielles, et non de recourir à des interventions de pompier après coup, une fois que le « matériel miracle » a été acheté, déployé et adopté par une large proportion d’usagers. La modélisation pourrait être la base d’une sorte de « lingua franca » commune aux ingénieurs de tous les corps de métier, de la mécanique à l’informatique, en passant par l’électronique, la physique ou la chimie. Il manque certes encore quelques outils, mais tout çà est dans le sens de l’histoire.