Ex-libris, et autres sujets

imagesConstatant avec effroi que mon blog est désormais délaissé au profit de médias « rapides et insipides » ne permettant qu’une expression dénuée de style, tels Twitter et autres réseaux sociaux, je vous offre ce petit billet en guise de préambule de la saison 2014-2015 de mon blog. Ne sachant pas si l’envie de narrer en quelques lignes différentes idées ou expériences vécues reviendra, disons que je tente ici une résurrection de mon espace d’expression. Nous verrons bien ce que l’avenir me réservera à ce sujet.

Consul honoraire

Déjà plus d’une année que j’exerce la modeste fonction de consul honoraire de France à Delémont. Pour celles et ceux qui imaginent toutes sortes de choses, disons pour résumer que mon rôle est d’assister les citoyens français qui résident sur le territoire jurassien, et consiste essentiellement à la remise de leurs passeports et cartes nationales d’identité, ainsi que la légalisation de signatures et autres documents, tels que les certificats d’existence ou les copies conformes. Sans omettre différentes cérémonies.
Avec le recul de la période estivale, je peux faire un premier bilan de ce rôle bénévole dévoué à l’Etat français et à ses citoyens : positif ! J’apprécie endosser cette responsabilité qui rend bien des services, notamment en évitant plusieurs longs aller-retours vers Genève pour certaines démarches, périple compliqué et onéreux notamment pour les parents ayant des enfants scolarisés. Certes, cela est une occupation nécessitant un investissement en temps non négligeable, puisque l’agence consulaire – en fait mon bureau à la maison – ne désemplit pas lors des heures d’ouverture, et puisque  je réponds quotidiennement à diverses demandes déposées par courriel ou par messagerie téléphonique. Cela est-il déplaisant ? Non, car j’apprécie de rencontrer et pouvoir rendre service à de nombreuses personnes venant d’horizons très variés, et que je n’aurai très probablement jamais rencontrés en exercant mes activités informatiques « classiques ».

Marc Ullmann

Marc Ullmann, le fondateur du Club des Vigilants, avait pour leitmotiv que « Quiconque ne peut prédire l’avenir, mais quiconque s’enferme dans une spécialité est certain de se tromper ». Je partage ce point de vue, et considère fort important de ne jamais cesser de s’instruire, de ne jamais cesser de croiser les différents points de vue afin d’avancer de manière constructive. C’est, je crois, la base de la démocratie. Ou bien de l’humanisme. Ou encore des deux, finalement.

Marc s’en est définivement allé cet été, et c’est bien souvent que je pense à lui, à sa gentillesse issue d’une capacité d’écoute et d’altruisme teintée d’une bienveillance lucide. Je connaissais assez mal Marc, n’ayant pas le loisir de passer sur Paris aussi souvent que je l’aurai aimé, mais il aura laissé en moi cette image de lucidité empreinte d’espoir et de pragmatisme. Marc avait de nombreuses relations qui lui ont notamment permis de tisser le coeur de son bébé, le Club des Vigilants. Marc était apprécié de tous, je le crois. Pour ma part j’ai été touché par ses mots et ses idées, par son humble simplicité à chaque fois qu’il m’appelait, que je lui téléphonais ou passais chez lui. Il m’a aussi fait l’honneur de passer dormir à la maison, en Suisse, il y a quelques années. Et de m’inviter manger le poulet frites avec sa proche famille, en toute intimité, au printemps, alors qu’il pressentait son proche départ. Et de m’appeler deux semaines avant, pour prendre de mes nouvelles. Ce fût notre dernier dialogue, que je conserve en mémoire comme dans un écrin.
Mais les souvenirs, quels qu’ils soient et quels que soient leur teneur, ne font pas revenir un être apprécié. Je ne pleure pas sa disparition, laquelle est normale et fait de l’existence pour chacun. Changeons donc de sujet, avec mes lectures estivales.

Déconnexion salvatrice

J’ai obtenu durant mes quelques semaines de congés, la possibilité de ne pas me connecter sur Internet, ni pour y relever mes messages professionnels et privés, ni pour traîner et vagabonder sur les passe-temps futiles et peu propices à l’élevation : Twitter, sites divers etc. Bref, ce relatif isolement m’a fait du bien, et je conseille à chacun la déconnexion volontaire afin de se remettre en forme intellectuelle. Une forme d’exil, finalement, dont je développerai le concept au cours des prochaines lignes.

La Pléiade

Je ne me souviens pas si j’en avais préalablement parlé sur mon blog, mais en amoureux de la langue française, j’ai une tendance – certes relativement récente – à traîner mes guêtres du côté du rayon de La Pléiade dans les librairies dignes de ce nom. Certes, les ouvrages sont onéreux et de belle facture, mais il me semble toutefois que leur prix est amplement justifié. En effet, nous parlons d’ouvrages de qualité, soigneusement réalisés avec des matières nobles, mais surtout si l’on fait le constat que chaque ouvrage compte parfois près de deux mille pages, et bien souvent l’oeuvre d’une vie entière d’un romancier ou écrivain illustre, le prix payé reste tout relatif. Enfin, et contrairement aux autres livres de poche standardisés, les ouvrages de La Pléiade se revendent bien et il existe un marché de l’occasion en pleine effervescence. Disons que pour moi il s’agit également d’une forme d’investissement, certainement plus pérenne que l’achat du dernier iPad ou des livres électroniques sur plateforme Internet, et que cette relative chèreté m’impose un choix rigoureux de lecture, ce qui fait qu’au final je ne lis que les auteurs les plus réputés, les plus remarquables de part leur style ou leur influence sur la littérature moderne. Il en résulte de fait un gain de temps considérable sur le choix de mes activités de loisir, tout du moins en termes de lecture.

Antoine de Saint-Exupéry

Mes dernières acquisitions, à titre d’exemple, constituent le florilège de mes oeuvres littéraires préférées. René Char et Lautréamont (car j’apprécie, vous en souvenez-vous, la musique contemporaine et par extension le surréalisme et autres mouvement littéraires liés), mais aussi des oeuvres plus abordables telles que les poésies de Saint-John Perse, les récits de Saint-Exupéry, Saint Augustin – sans aucun rapport avec le précédent, ou encore Alexis de Tocqueville et son traité sur l’Amérique qui décrit de manière très précise ce que doit être la démocratie.

Durant les vacances, toutefois, par souci de place dans l’avion, je n’avais emporté que les oeuvres complètes de Saint-Exupéry. Chacun connaît Le Petit Prince, mais avez-vous lu ses autres romans ? J’ai pu ainsi lire ou relire Courrier Sud, Vol de Nuit, Terre des Hommes, Pilote de Guerre, Lettre à un Otage, Le Petit Prince – bien entendu, et ai pour ainsi dire dévoré la moitié de son oeuvre posthume, Citadelle, qui  pour moi est une référence incontournable, et un récit certes ardu car empli de paraboles et d’idées complexes sur l’humanisme et le devenir de l’homme au sein de la société, mais l’oeuvre d’un grand Homme. Si vous n’avez jamais lu Saint-Exupéry hormis le Petit Prince, je vous invite à le faire pour vous immerger dans ses idées profondes et fondatrices d’une société juste et aux nobles valeurs.

L’exil

Ce qui reste remarquable lorsque l’on découvre ou redécouvre la littérature, est qu’un nombre considérable d’auteurs ont vécu au cours de leur existence un exil sous une forme ou une autre, qui les a trancendé en impactant leur réflexions ultérieures. Il en est ainsi de Saint-Exupéry dont la traversée du désert, au sens figuré comme au sens propre, lui a permis de vivre une période de méditation intense, et a engendré son extraordinaire vision des valeurs humanistes et philosophiques liées au monde contemporain. Il en est également ainsi pour Saint-John Perse, diplomate de son état et exilé aux Etats-Unis suite à sa destitution après la signature de l’armistice et la mise en place du gouvernement de Vichy. Et ainsi de suite.

L’exil permet une forme d’humilité, de remise en question de soi, de découverte d’autres aspects de l’existence, de relever la tête penchée habituellement sur le guidon de la vie qui fuit ; et de relativiser, de saisir les instants présents, de comprendre mieux l’être, l’autre, soi-même. L’exil est parfois voulu, souvent subi. Cela n’a pas le même impact, mais quelle que soit l’issue, il est bénéfique car il permet la méditation.

Et l’informatique ?

Je ne lâche pas le sujet, contrairement à ce que la teneur de ce long billet pourrait le laisser entendre. J’ai même fait l’acquisition de routeurs Cisco (Layer3) SG300 à la maison afin d’équiper convenablement mon environnement (avec des Vlans et autres raffinements), et un serveur HP Proliant Gen8 destiné à accueillir notamment ESX ; ainsi que parmi d’autres machines virtuelles, un serveur 2012 en guise d’Active Directory. Il faut que j’apprenne un peu mieux les GPO et autres joyeusetés déployées massivement en entreprise). Je ne cause cependant guère de mes activités professionnelles ici, car ces aspects n’ont guère leur place sur un blog privé, vous en conviendrez.

Dès vendredi soir, et durant tout le weekend, j’aurai le plaisir de me rendre à Olten, soit à moins de 45 minutes de chez moi, avec mon attirail de geek demomaker… En effet, s’y déroule comme chaque année désormais, une sympathique Demoparty attirant nombre de passionnés, comme moi, encore capable de coder en assembleur ou en Javascript, sur Commodore 64 ou sur console, de belles et complexes animations accompagnées de musique. Un vrai week-end « son et lumière », qui ne laissera guère de place au sommeil. Mais c’est ainsi, et on en redemande !

Sur ces paroles, bonne soirée, et au plaisir de lire vos commentaires éventuels.

4 Comments »

Bruno Kerouanton on août 18th 2014 in General

4 Responses to “Ex-libris, et autres sujets”

  1. Blabla responded on 18 Août 2014 at 22:18 #

    Vos billets se font en effet trop rares…
    Je suis toujours épaté par votre énergie : comment avez vous le temps de faire tout ça ? À moins que vous ne soyez plus pompier volontaire ?

    Sinon question lecture, j’avoue lire ou relire de temps en temps des « classiques ». La différence de perception est interressante entre l’ado que j étais à la première lecture et maintenant. Pilote de guerre est, à ce propos, drôle, ayant passé presque 20 ans sous les armes entre temps

  2. Bruno Kerouanton responded on 18 Août 2014 at 23:23 #

    Je vous remercie pour votre message. Pour répondre simplement à votre question pertinente, je suis toujours pompier volontaire, mais cela ne me prend guère de temps : quelques soirées par trimestre consacrées à des exercices (sauvetage, extinction, motopompes, etc.), une journée pour le Téléthon en décembre, et bien entendu les appels en cas d’urgence qui peuvent survenir à tout moment mais qui sont tout compte fait assez peu fréquent, fort heureusement.

    Sur l’organisation de mes activités de loisirs, disons que j’opte pour un certain ascétisme : n’éprouvant pas le besoin d’utiliser Facebook ou la télévision (j’en possède pourtant deux, mais elles sont plus réservées au visionnage de films, en ce qui me concerne). Cela m’offre par conséquent du temps pour le reste, mais j’avoue que j’ai également été contraint de me limiter sur certaines activités que j’exerçais auparavant. Ainsi, je constate un peu tristement que je ne fais pas autant de reverse-engineering (rétroconception, pardon) que je l’aurais souhaité, tout comme de la programmation sur Commodore 64… ces activités sont en sommeil pour ainsi dire, mais je ne désespère pas de m’y remettre un jour ou l’autre. Enfin, je profite de mes déplacements en train, avion ou de différents instants pris sur le vif du quotidien pour lire. Les volumes de La Pléiade ont cet avantage d’être très denses et d’occuper un volume raisonnable compte-tenu du contenu. Dernier atout : je lis relativement vite, cela aide.

    A ce sujet, une anecdote récente, puisque la semaine dernière, en allant déposer mes caisses de déchets à recycler à la déchetterie communale, j’y ai déniché sur l’étagère réservée aux livres, les deux premiers tomes de la nouvelle en vogue, « cinquante nuances de Grey ». Forcément, j’avais entendu parler du sujet, et avais à maintes reprises lorgné du côté des étals des buralistes et libraires de gare, dont les étagères regorgeaient de piles de cette nouvelle. Par curiosité espiègle, je suis donc rentré à la maison avec ces deux tomes. Et ai trouvé très amusant de constater qu’en moins de 30 minutes j’avais parcouru (en diagonale, mais cela suffit pour comprendre) le premier tome, et que finalement toute l’intrigue se retrouve résumée en moins de quatre paragraphes sur la Wikipédia ! Autant dire qu’il s’agit de très mauvaise littérature, ce qui démontre qu’en matière de marketing viral, l’effet boule de neige fonctionne à merveille. Il en résulte une bien piètre image des écrivains du XXIè siècle, du moins selon mon opinion. Pourtant, sur ce même thème de l’érotisme, d’autres ouvrages tels qu’Histoire de l’Oeil, de Georges Bataille, par exemple, sont bien plus riches tant sur le plan de la conceptualisation symbolique, que des aspects psychanalytiques. Mais il est fort probable que ce type d’ouvrages à plusieurs niveaux de lecture ne s’adresse pas au même lectorat. Je ne résiste pas à terminer ma parenthèse relative à George Bataille, en évoquant une oeuvre assez proche portée à l’écran en 1974. J’ai ainsi récemment pu visionner le DVD récemment réédité de Glissements progressifs du plaisir, d’Alain Robbe-Grillet, qui est extraordinaire sur le plan du symbolisme et de la réalisation : symbolique de la lumière, des objets, de la musique, du montage, des couleurs, des dialogues, des silences, des lieux, etc. Et pour moi il ne s’agit en aucun cas d’un film érotique, mais d’une oeuvre d’artiste. Je serai d’ailleurs amusé de savoir la proportion de personnes qui entament le visionnage cette oeuvre en croyant qu’il s’agit d’un film de ce genre, car ils risquent pour l’immense majorité d’être très déçus de ne rien y comprendre !

    Je clos la parenthèse sur ce sujet, qui mériterait un billet à part entière. Et je vous souhaite une bonne continuation, en vous remerciant de vous être attardé sur ma prose.

  3. Stuff responded on 20 Août 2014 at 15:00 #

    Chapeau pour le role de consul honoraire. Vivant a l etranger je ne peux que confirmer l aide et le gain de temps que peut apporter la presence de quelqu un pouvant delivrer les papiers administratifs a portee de main 🙂

  4. Bruno Kerouanton responded on 10 Sep 2014 at 18:22 #

    Merci pour votre message. En effet c’est un rôle qui prend du temps mais qui rend bien service à autrui.
    C’est également un moyen pour moi de m’échapper du monde informatique.

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