Convictions

tourVendredi soir, l’horreur et l’effroi ont fait trembler les murs des valeurs de la France, du monde. Mais telle la devise de Paris, Fluctuat nec mergitur, c’est avec vaillance qu’il nous faut surmonter cet affront à la liberté, en faisant fi des amalgames avec les religions et les clivages sociétaux, en s’affranchissant des réactions court-termistes de peur et de haine, et en mettant en pratique à tout instant, plus que jamais, l’un des mots les plus forts de la République française : Fraternité.

Ce vendredi, chacune, chacun s’est senti touché par ce qui s’est passé. J’ai reçu des messages de Hong-Kong, du Cameroun, des États-Unis, de Belgique, d’amis qui ont tous éprouvé la même tristesse face à ce radicalisme, ce fanatisme insolent et déshumanisé. Nous le savons, la guerre et les conflits sont, dans le malheur qu’ils provoquent, source de fraternité et de cohésion. La foi déplace les montagnes, dit-on. Gageons que la fraternité acquise par chaque individu censé sur notre belle planète saura de même déplacer ces montagnes en apportant des valeurs humaines à ses proches.

Sur le court terme, il sera nécessaire de faire couler des larmes, du sang et de la sueur pour décapiter cette hydre de Lerne afin qu’elle ne répande sa mortelle semence. À terme, cependant, ce sont les valeurs républicaines, la tolérance, le dialogue et la compréhension mutuelle qui vaincront. L’éducation, la culture, et l’héritage historique sont primordiaux. Les fanatiques le savent et mettent tout en oeuvre pour détruire ces fondamentaux afin d’instaurer leur vision funeste, leur vision apocalyptique, leur volonté de division et de discorde de nos sociétés.

Ne nous laissons pas déstabiliser, ne cédons pas à la panique de l’inconnu. Les crises que nos sociétés affrontent actuellement sont multiples. Crises financières et économiques, incertitude de l’avenir, montée des radicalismes, montée également des nationalismes en réaction somme toute logique à l’ensemble des facteurs d’inquiétude. La crise de 1929 et la paupérisation qui en a été issue ont également engendré des réactions de haine vis-à-vis de certaines populations, et la montée des idéologies nationalistes, voire fanatisées, une décennie après.

Sachons reconnaître le grain de l’ivraie, et nous protéger ainsi de velléités futures. Les fanatiques n’ont pas leur place dans les pays qui respectent les valeurs fondamentales de l’humanité. Ils n’ont pas leur place dans le monde, non plus, et c’est un combat qu’il faudra mener de manière coordonnée, de manière responsable, de manière conforme aux respects des libertés individuelles et collectives. Il ne faudra pas, en menant ce combat face à l’adversité radicalisée, tomber dans le piège de la surveillance collective. Il faudra ériger des garde-fous afin qu’au terme de cette lutte, la situation en matière de protection des individus ne les pénalise pas et les prive de toute liberté d’expression. Il ne faudra pas que la surveillance collective étendue à chaque individu à tout moment, en tous lieux, exposée comme une arme nécessaire dans la lutte actuelle, ne devienne une norme sociétale pesante et pénalisante, car nous serions tous, alors, devenus esclaves d’une bureaucratie injustifiable en opposition même de nos valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

La Suisse, l’Europe, prônent des valeurs et des idées fondamentales, car au coeur des préoccupations humaines. Je me réjouis d’y résider et de participer au quotidien à la réalisation de cet idéal : le bienfait humaniste, le respect de chacun et la compréhension d’autrui.

Bruno KEROUANTON
Consul honoraire

Extrait de correspondance

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Bruno Kerouanton on novembre 18th 2015 in Culture

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