Burnout – 1. Le Stress Post-Traumatique (PTSD)

Vu que je vais parler de tout cela aux Assises de la SĂ©curitĂ© le 15 octobre (aprĂšs-demain), je laisse ici un petit texte sur ma comprĂ©hension du burnout, aprĂšs les annĂ©es de vĂ©cu relatives Ă  mon cas et aux nombreux cas de collĂšgues qui ont Ă©tĂ© dĂ©truits Ă©galement, aprĂšs lecture de nombreux ouvrages mĂ©dicaux et de vulgarisation sur le sujet, et aprĂšs des annĂ©es de dialogue avec mes diffĂ©rents thĂ©rapeutes. Je ferai quelques autres billets par la suite, quand j’en aurai l’Ă©nergie et la capacitĂ©, Ă  suivre donc!

PremiĂšre partie :

Le burnout EST un Ă©tat de stress post-traumatique.

Tout Ă©tat de stress post-traumatique (PTSD en anglais) se dĂ©clenche Ă  l’issue de 4 Ă©tapes prĂ©cisĂ©ment documentĂ©es, et correspond Ă  une mise en Ă©tat de survie de l’organisme face Ă  un stress auquel il n’est pas possible de fuir.

  1. La premiĂšre Ă©tape du PTSD est l’arrivĂ©e d’une menace, induisant un stress important.
  2. Le sujet concernĂ© tente dans un premier temps de rĂ©gler le problĂšme activement, par exemple en allant discuter de la cause du stress, en appelant Ă  l’aide etc.
  3. Le sujet constate son impuissance Ă  rĂ©soudre ce conflit malgrĂ© son action. Les appels Ă  l’aide n’ont rien donnĂ©. C’est Ă  ce moment qu’il devrait fuir.
  4. Le sujet constate son impuissance Ă  fuir la source de stress. Son organisme se met alors en Ă©tat de survie, c’est l’Ă©tat de stress post-traumatique.

(source: « Le corps n’oublie rien », p.120)

Il faut bien comprendre que ces quatre Ă©tapes sont systĂ©matiques et que cela a Ă©tĂ© abondamment documentĂ© par les mĂ©decins travaillant dans le domaine de l’aide au trauma de guerre, d’agressions sexuelles, de terrorisme etc. Cela a Ă©tĂ© Ă©galement mis en Ă©vidence chez les animaux sauvages et domestiques. De nombreux cas de chiens ayant victimes de cruautĂ© prĂ©sentent les mĂȘmes symptĂŽmes.

Le Burnout n’est effectif que lorsque la quatriĂšme Ă©tape a eu lieu. Il n’est pas raisonnable de parler de burnout lorsque l’on a pu fuir, que le conflit ou la source de stress se sont apaisĂ©s. Cela ne fait qu’augmenter la confusion par l’utilisation inappropriĂ©e du terme Ă -tout-va.

Le mĂ©canisme de l’effondrement post-traumatique est logique dans une attitude de survie vitale, car il a pour but de rendre le sujet immobile donc invisible afin de ne pas se faire dĂ©vorer par le prĂ©dateur potentiel. Tout cela est gĂ©rĂ© par le cerveau reptilien, il s’agit par consĂ©quent bien d’un mĂ©canisme de survie ancestral, totalement rĂ©flexe et non maĂźtrisable par le sujet.

Dans le cadre par exemple du viol, on retrouve l’ensemble de ces points. L’incapacitĂ© de fuir provoque l’effondrement psychique et physique de la victime qui se laisse faire et engendre cet Ă©tat modifiĂ© de conscience.

Burnout et Stress post-Traumatique

Le burnout, de plus, est une sorte de mort Ă  petit feu. Le sujet ne se rend pas toujours consciemment compte du stress qui lui est imposĂ©, et peut accumuler des annĂ©es durant, jusqu’Ă  ce que le corps lĂąche. Un peu comme l’expĂ©rience de la grenouille que l’on plonge dans l’eau froide et que l’on met Ă  chauffer, mais qui ne se rend compte de rien.

Le corps va cependant lancer de nombreux signaux d’alerte, notamment en provoquant des rĂ©actions somatiques, manifestations physiques du stress sous forme de diffĂ©rents symptĂŽmes. J’ai Ă©tĂ© opĂ©rĂ© du dos suite Ă  une hernie discale quelques annĂ©es avant le burnout, je suis quasiment certain que cette hernie discale a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rĂ©e de maniĂšre somatique pour que je prenne conscience du souci. Ce qui n’a pas Ă©tĂ© le cas, malheureuement (quand vous ĂȘtes sur votre lit d’hĂŽpital, shootĂ© Ă  la morphine mais que votre employeur continue Ă  vous appeler et vous demander de traiter les dossiers…. bref vous voyez).

Reprenons les 4 Ă©tapes une Ă  une.

Dans un premier temps, les contraintes demandĂ©es s’accumulent, et le niveau de stress augmente. L’organisme est en mesure de gĂ©rer ce stress dans une certaine limite, et surtout pour une durĂ©e limitĂ©e. Ce qui pose souci est que le stress n’en finit pas d’arriver ; l’organisme n’a pas la possibilitĂ© matĂ©rielle de souffler et de reconstituer ses capacitĂ©s.

– Dans un second temps, il y a prise de conscience d’un problĂšme sous-jacent. Pas forcement de maniĂšre limpide, mais la personne concernĂ©e cherche des solutions, va tenter de prendre des congĂ©s, de faire appel Ă  ses collĂšgues, parfois de demander Ă  son mĂ©decin. Malheureusement pour lui, rien n’y fait : le travail continue Ă  augmenter, les collĂšgues et la hiĂ©rarchie ne sont pas Ă  l’Ă©coute, le mĂ©decin n’a pas de solution.

– Le troisiĂšme temps va ĂȘtre l’Ă©tape de la lutte ou de la fuite. Le sujet va tenter d’affonter sa hiĂ©rarchie ou ses collĂšgues au sujet du travail, va dĂ©velopper des symptĂŽmes somatiques inconscients (maux de dos, en particulier, d’oĂč l’expression tire son sens : « en avoir plein le dos ») qui engendreront des arrĂȘts maladie de plus en plus frĂ©quent, mais Ă -priori non liĂ©s pour l’oeil non averti, corps mĂ©dical compris.

– Enfin, un ensemble de facteurs normatifs et sociĂ©taux font que le sujet sera dans l’incapacitĂ© de fuir la situation. C’est pour cela que tant de personnes sont en risque de burnout : Quitter son travail ? Mais comment vais-je m’en sortir ensuite ? Comment me faire rĂ©embaucher vu que j’ai des soucis de santĂ©? J’ai une famille et des enfants qui ont besoin de mon salaire et ne comprendraient pas que je quitte mon travail. Mes collĂšgues non plus ne comprendraient pas. Mon travail, ma mission vis-Ă -vis de mes employeurs sont trop importants ou critiques pour que je laisse tomber (symptĂŽmatique dans le cas du burnout du personnel soignant), etc. Bref, le sujet est confrontĂ© Ă  un dilemme l’empĂȘchant de fuir. Il va alors finir par dĂ©clencher l’Ă©tape 4 par le biais de son systĂšme reptilien et s’effondrer, provoquant ainsi le burnout et l’Ă©tat de stess post-traumatique.

Le corps n’oublie rien

Si vous voulez en savoir plus, outre l’abondante littĂ©rature sur le sujet disponible sur Internet, je ne peux que vous recommander le meilleur ouvrage que j’ai pu trouver dĂ©crivant le PTSD, Ă©crit par le Professeur Bessel van der Kolk. C’est un psychiatre amĂ©ricain d’origine nĂ©erlandaise spĂ©cialiste reconnu du syndrĂŽme de stress post-traumatique et fondateur du Trauma Center de Boston. Il a consacrĂ© sa carriĂšre, depuis 1978, au soin des traumatisĂ©s de guerre et aux personnes dĂ©truites psychiquement suite Ă  des agressions en tous genres. Son ouvrage est une rĂ©fĂ©rence en la matiĂšre, et traite en particulier des voies de guĂ©rison, car il y en a. J’Ă©laborerai tout cela dans un billet futur mais comme je ne suis toujours pas guĂ©ri (mon cas est manifestement trĂšs lourd), je ne veux pas lancer de fausses rĂ©jouissances en publiant trop tĂŽt.

 

Ce contenu a été publié dans Santé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *