Dans les starting-blocks

Le fameux mois de mai. C’est le printemps, il fait beau, et tout est propice à un nouveau départ. Nouveau départ, c’est justement le cas, puisque j’ai redémarré beaucoup de choses. Et depuis le temps que je voulais m’y mettre, je vais également redémarrer mes séances d’écriture sur mon blog.

The Phoenix Project - Renaissance !

Il y a environ trois ans, je suis tombé sur le livre The Phoenix Project, un roman racontant la vie d’un ingénieur en informatique dans une usine métallurgique qui se retrouve convoqué par la direction des ressources humaines, propulsé Directeur des Systèmes d’Information avec la mission de sauver l’IT faute de quoi tout serait délocalisé loin loin loin…

Après avoir fait le tour du service informatique et constaté que tout allait mal (démissions et burnouts en série, soucis de production, plantages fréquents, manque de documentation, et j’en passe), il tombe par hasard sur un personnage mystérieux qui semble vouloir l’aider, et lui fait visiter les chaînes de production métallurgiques de l’usine. Pour en conclure avec malice que ces méthodes industrielles éprouvées seraient tout aussi applicables dans le domaine des technologies de l’information.

C’est alors que débute la transformation digitale du service informatique déficient. Recensement des processus pouvant être améliorés, révision des rôles de chacun, et mise en place de nouvelles méthodes de gestion. Parmi celles-ci, l’automatisation. Après-tout, l’informatique excelle à l’automatisation, c’est même l’essence du concept. Et la fin du roman est bien entendu positive : le service informatique va mieux, la Direction Générale est contente et on valide le tout !

Ce livre paru en 2016 a été recommandé et lu par de nombreux membres de direction d’entreprise, qui ont bien saisi l’intérêt du concept : appliquer ce que l’on fait depuis des décennies dans l’industrie au secteur de l’informatique.

Ce “nouveau” modèle représente l’avenir, pourtant dans bien des entreprises nombre de tâches récurrentes sont encore réalisées manuellement notamment par les administrateurs système et réseau. Création de serveurs, mise en production d’applications, tests divers (sécurité, montée en charge, compliance etc), sauvegardes, monitoring et autres sont dans une immense majorité des cas encore effectués manuellement par les administrateurs systèmes, responsables backups, sécurité et j’en passe. Alors que l’ordinateur pourrait très bien le faire tout seul.

Etonamment, ironisera t-on, ce sont les Américains qui se sont lancés, il y a déjà plus de 10 ans.

Chez Google, on appelle un “Site Reliability Engineer” (ou SRE), la personne qui désormais remplace l’administrateur système et réseaux. Avec comme condition le fait que 50% de son temps d’activité soit lié au remplacement de processus manuels par des tâches automatisées. Cette fonction existe depuis 2003 (!) chez le Géant du web, et a permis le déploiement dans des conditions fiables et efficaces (agiles, dirait-on parfois, même si le terme m’exaspère) de millions de serveurs et services de manière totalement transparente pour les usagers. Le mot d’ordre règne: si on fait une tâche à plusieurs reprises, c’est qu’elle peut être automatisée. Et de remplacer l’ensemble par des “bots” internes.

Ce rôle nécessite de nouvelles compétences pour les administrateurs système : la capacité à développer et à automatiser. Connaissance des langages de programmation, connaissances des différentes briques système, réseau, applicatives, et d’autres. On entend souvent le terme de Full Stack Developer pour désigner cette fonction, bien que sur les offres d’emploi ce terme est utilisé à tort et à travers, malheureusement, pour désigner un homme-à-tout-faire, souvent sous-rémunéré.

Et en Europe ?

Force est de constater, une fois de plus, l’inertie européenne face à la déferlante américaine. Les méthodes, outils et technologies mises en oeuvre ci-dessus ont engendré le terme Dev-Ops (concaténation de Développement et Opérations) en Belgique dès 2012, mais le concept n’arrive que lentement en Europe. DevOps est utilisé par les nombreuses startups de Station-F et d’ailleurs qui en ont saisi le potentiel énorme, et certaines équipes informatiques DevOps ont essaimé au sein de sociétés plus traditionnelles, s’essayant au concept sans pour autant remplacer les équipes traditionnelles, indéboulonnables.

Ce qui est surprenant est que bien souvent, dans les directions informatiques, on ne comprend pas ce que ce terme signifie. Et, comble de surprise, les directions générales, plus stratégiques, ont mieux saisi l’importance du concept.

Un exemple qui me vient en tête. Nestlé, me semble t-il. Je suppose que la Direction Générale a lu ou voulu mettre en oeuvre The Phoenix Project, comme dans le livre. Et c’est bien ce qui s’est passé : incapacité de la Direction Informatique à introduire du DevOps, ayant pour conséquence la délocalisation de l’informatique et la suppression de près de 500 postes. Voilà à quoi s’en tenir si l’on ne veut pas aller de l’avant.

Reste que j’ai été supris par le nombre de DSI que j’ai interrogés sur ce sujet et n’étant pas au fait, sans parler des équipes d’administrateurs système utilisant encore la souris pour travailler et réaliser les sauvegardes… Car il va sans dire que tout se fait en ligne de commande et en programmation. Retour aux sources, retour aux fondamentaux.

Le mouvement DevOps

Tous les grands acteurs de l’Internet s’y sont mis. Pour une raison simple : ils n’auraient jamais pu réaliser de telles croissances sans DevOps. Google et Amazon au début, puis tous les autres s’y sont mis. IBM, Microsoft notamment, qui non seulement prônent les valeurs du DevOps mais ont carrément fait volte-face et proposent des choses impensables dans leurs gammes de services et produits il y a encore dix ans : Linux embarqué dans Windows ! Retour à la ligne de commande ! Développement à outrance de l’Open-Source ! Et cela pour le bien de l’humanité, ou du moins des développeurs et administrateurs informatiques qui adorent (enfin ceux qui arrivent à suivre!) tout cela.

Il ne faut pas se leurrer, ni se voiler la face. DevOps est bel et bien là, et l’Europe n’y coupera pas. Il y a juste cet incroyable décalage de 8 à 10 ans ; la plupart des technologies que j’utilise datent de 2012 environ, à l’instar de ce blog, mais rares sont ceux qui les maîtrisent à part dans les startups et creusets innovants de certaines sociétés.

C’est pourquoi depuis 3 ans j’ai cette idée de m’y mettre. The Phoenix Project a été la révélation, le “Aha moment” comme les anglo-saxons aiment à dire. J’y ai consacré l’essentiel de mon temps libre pour apprendre, comprendre et maîtriser les concepts, les technologies, les outils, les tendances. Début 2018 j’avais le projet en tête et ai déposé à cet effet les noms de domaine, ai-conçu le logo et l’identité graphique, et ai entamé la conceptualisation du business-plan de ma nouvelle idée.

stay-zen.io, un rêve qui se concrétise

Et c’est ainsi qu’est née stay-zen.io, ma première société. Stay-Zen car elle vise à ce que les Directions Générales puissent se focaliser sur leur métier sans stresser avec de l’informatique en retard ou déficiente. Stay-zen car je sors d’un burnout “collectif” qui m’a appris à prendre du recul. Et ”.io” car il s’agit justement de DevOps. La quasi-totalité des outils DevOps ont un domaine en .io, c’est tendance!

La génèse de l’idée, c’est le constat d’avoir vécu tout ce qui était décrit dans les premiers chapitres du The Phoenix Project il y a quelques années. Et le sentiment fort que DevOps était la seule issue valable pour avancer, innover et rester zen.

L’avenir me confirme mon intuition. Quand Microsoft rachète GitHub pour 7.5Mds$, IBM rachète à tour de bras toutes les sociétés OpenSource et Linux, que Google invente un langage quasi-dédié qui devient presque un standard (GoLang), et que l’écosystème Docker et Kubernetes représente des centaines de sociétés et de milliards de dollars, il y a une tendance forte.

Le CNCF, ou Cloud Native Computing Fondation est un consortium gigantesque qui chapeaute le mouvement. Et il faut aller faire un tour sur leur “Landscape” pour se rendre compte de la marmite bouillonnante que représente DevOps. C’est simplement l’avenir de l’IT.

Voilà en quelques mots ce qui m’a amené à créer ma société. J’y crois dur comme fer et j’adore le concept. Je souhaite apporter DevOps aux entreprises qui ne l’ont pas, pour les aider à avancer sereinement. Je souhaite apporter DevOps aux équipes systèmes et opérationnelles pour les aider à automatiser ce qui ne l’est pas, leur permettre de dégager du temps et réduire leur stress.

Je ne parle même pas de la sécurité (Cyber, bien entendu!). C’est une approche “révolutionnaire”, qui fera l’objet d’un billet prochain. Les termes sont Monitoring, Self-Healing, Artificial Intelligence, Automation. C’est l’avenir et c’est passionnant de se lancer dans ces tendances.

Commentaires !

J’ai volontairement omis l’introduction de commentaires sur mon nouveau site, mais Twitter est parfait pour cela : cliquez sur ce lien et répondez comme vous le souhaitez à mon article!

Bon 1er mai ;-)